Eh bien voilà ! Il fallait bien que je me lance dans une série d'articles consacrés à mon héros
préféré, à mon alter ego, à ce canard qui me fascine depuis ma + tendre enfance... Mon héros préféré, parce que finalement il est un antihéros total, c'est ce qui me plaît, car il est un
"M. tout le monde" ! Mon alter ego, car je suis moi aussi un râleur (capable de colères monumentales, heureusement rares, car qui me voit pense que je suis un grand calme...) au grand
coeur ! Enfin, mon tout 1er livre, quand je suis arrivé chez mes parents adoptifs, fut un petit livre pop-up, Donald campe (1977, Fernand Nathan), où Donald n'a que des
mésaventures avec ses neveux en camping sauvage. J'ai dévoré ce livre et ces canards sont gravés dans mon coeur... et Donald l'est au bas de mon dos depuis mes 31 ans (donc il y a peu),
une tête sympa très réussie ! Alors fatalement, ce blog designé Donald DUCK, le canard préféré du Monde, se devait d'avoir une rubrique qui lui soit consacrée ! Cette rubrique, je lui ai donné le
nom de Ca c'est Donald, qui est le nom d'un ouvrage, puis de la ligne de vêtements et autres produits dérivés Donald depuis quelques années...
LES ORIGINES DE DONALD
Démesurément râleur... irrésistiblement drôle...
Il n'était qu'une
voix. Ou plutôt un gargouillis, une bouillie de mots, ponctuée d'exclamations diverses. Elle appartenait (y compris en français !) à Clarence NASH (1904-1985), qui déclencha chez Walt DISNEY (1901-1966) et ses collaborateurs un irrésisitible
fou rire lorsqu'ils l'entendirent.
Walt se demanda quel personnage on allait bien pouvoir affubler de cette voix. Elle ne convenait à aucun de ceux qui existaient déjà. On pensa tour à tour à un éléphant, à un singe (amusant de
constater que Donald est brièvement un singe dans Mickey magicien en 1937). On découvrit le personnage idéal.
Il fallait faire de l'original et c'était difficile car la galerie de personnages "disneyens" était déjà bien fournie. Mickey triomphait et bien malin eût été celui qui lui aurait prédit un
concurrent sérieux.
C'est donc ainsi que l'on vit apparaître, en 1934, dans un court-métrage intitulé The Wise little hen (La Petite poule avisée), un canard
hurluberlu, à gros ventre et long cou, au bec interminable, aux pattes peu gracieuses, mais portant déjà, il est vrai, l'élégant béret et la vareuse à col marin (cette dernière encore sans
boutons car ils viendront + tard), costume qui constitue une des caractéristiques du personnage. Il marchait d'un air martial, ou + précisément fanfaron, le menton en l'air et le ventre en avant,
aux côtés d'un porcelet qui ressemblait comme un jumeau à Nif-Nif, le + insouciant des 3 petits cochons.
C'est dans Le Journal de Mickey que Donald apparaît pour la 1er fois en France, le 28 avril 1935. Il est l'un des personnages principaux d'une BD tirée de la Symphonie folâtre
(Silly symphony) et dont le titre était également La Petite poule avisée. Voilà donc près de 75 ans que ce canard en costume marin promène sa voix inimitable, ses mines
penaudes, au fil des dessins-animés et des BD.
Dès 1936, sa vareuse à boutons dorés s'est légèrement stylisée. Ses "contours" ont pris cette rondeur aux angles émoussés. Bref, Donald offre à ses admirateurs l'aspect rassurant d'une silhouette
stabilisée.
C'est à Al TALIAFERRO (1905-1969) que l'on doit cette transformation. C'est que le
personnage avait manifestement des ressources... Orphan's benefit (Gala de charité, 1934). Il chantait de sa voix de fausset et le public lui envoyait des tomates ! C'est du
reste à cette occasion qu'il piqua sa 1er colère et qu'il gagna le coeur des spectateurs. Al TALIAFERRO s'empara du nouveau venu et le dota de ces grands yeux expressifs et de toute cette gamme
d'attitudes et de mimiques qui ont donné à Donald une popularité comparable à celle de Mickey.
Il était presqu'impossible pourtant d'arriver à concurrencer "l'idole". Le mot peut sembler excessif aujourd'hui. Mais il faut se rappeler que Mickey est un pur produit des USA des années 1930.
L'extraordinaire popularité de Mickey tenait beaucoup au fait qu'il représentait l'Américain type, dans le respect des valeurs morales et des vertus traditionnelles du peuple américain (c'est
peut-être pour ça que je ne suis pas fan de lui, surtout dans les BD... il est trop aseptisé). Mickey n'a que des qualités ; c'est le héros-type. C'est le symbole de l'optimisme et de la ténacité
au creux de la vague.
Donald jouera le rôle du faire-valoir. C'est le tandem classique du clown blanc et de l'auguste. Mickey est courageux, tenace, optimiste. Donald sera donc immanquablement poltron, mollasson,
pessimiste. Il est extraordinairement malchanceux.
A ce point : comment un personnage aussi "négatif" a-t-il réussi à s'étoffer au point de disputer la vedette à celui dont il ne fait qu'exalter les qualités ? La réponse est simple. Mickey est un
modèle de vertus ; tout se termine pour le mieux. Qu'il parcoure la brousse, il reste toujours l'image même de la perfection.
Mais qui peut se vanter d'être ainsi ? Qui donc est capable de réunir autant de qualités ? Qui peut se reconnaître dans un tel modèle ?
Tandis que Donald... Donald !... il est beaucoup + "vrai". Il est aussi + humain dans ses faiblesses. L'équipe de Walt DISNEY eut très vite l'intuition qu'elle
tenait là un personnage qui n'était plus un modèle, mais un authentique miroir de l'humaine condition. Quant à Disney lui-même, il surveilla de près son "fignolage" et apparut souvent à ses côtés
à la TV.
Pourquoi des neveux et pas des fils ? Cette curieuse parenté intrigue beaucoup. C'est une histoire touchante que peu de gens connaissent. Donald reçoit une lettre d'une parente éloignée. Celle-ci
lui annonce qu'elle lui confie ses 3 enfants. On n'entendra jamais plus parler de la mère et les 3 "petits anges" resteront avec leur "oncle" qui leur servira de famille. C'est le sujet du
dessin-animé Donald's nephews (Les Neveux de Donald, 1938). Cette simple anecdote marque un tournant dans le profil psychologique de Donald. Ce personnage léger et tête-en-l'air
se trouve nanti d'une responsabilité nouvelle qu'il assumera de + en + dignement. C'est qu'il lui faudra faire face à la nécessité d'assurer l'existence matérielle des enfants et de les élever
dans le droit chemin ! Il ne lui restera qu'un certain "tempérament".
Les rapports de Donald avec ses neveux sont un des aspects délectables des séries dessinées et des films d'animation. Ils ont ce qui manque à Donald : le dynamisme, la réflexion,
Donald prodigue à ses neveux une énorme dose d'affection qui suffirait à elle seule à rendre le personnage sympathique. Les enfants l'adorent et lui rendent son affection au centuple. Un peu +
tard, le dessinateur Carl BARKS reprend le crayon d'Al TALIAFERRO. Pour être précis, le relais avait été pris dès 1940 ; Barks avait travaillé sur le personnage et l'avait modifié dans le sens
d'une + grande maturité. Mais il fait apparaître un personnage qui bouscule son existence de fond en comble. Ce nouveau venu suivra le destin des personnages "disneyens" ayant reçu la visite des
bonnes fées. Picsou deviendra assez rapidement le milliardaire de génie que nous connaissons aujourd'hui.
Cet oncle Picsou est déjà vieux comme le Monde !
Les rapports ne sont pas égaux. Et il en profite ! De là à dire que Donald est entièrement sous sa coupe, tout est permis à l'oncle Picsou : le charger des besognes les + invraisemblables, pilote
d'avion, batelier sur la Volga, conducteur de tapis volant... la liste n'étant pas exhaustive.
Pour peu que Picsou soit en danger, qu'il tombe dans un précipice, l'on voit Donald au grand coeur accourir à toutes jambes et se lancer dans la bataille pour l'amour de son tyran. Une belle
générosité qui donne encore + de relief au personnage...
Mais ce pauvre Donald doit un souci de + à Carl BARKS. Celui-ci ajoute à sa famille un élément non-négligeable : dit Gontran BONHEUR. Ce personnage là a toutes les veines. Se
baisse-t-il pour cueillir une fleur ? Il trouve un trèfle à 4 feuilles. Trébuche-t-il sur un caillou ? C'est une pépite d'or ou un diamant. Se présente-t-il à un concours ? Il remporte le 1er
prix. Joue-t-il à une loterie ? Il gagne le gros lot.
Et Gontran se pose en rival de Donald auprès de la coquette Daisy, qui lui en fait d'ailleurs voir "des vertes et des pas mûres" et exploite à fond sa gentillesse et sa générosité.
Voilà donc cerné le personnage et définies quelques-une de ses caractéristiques. Il pourrait être un simple élément de la grande famille Disney. Mais ce n'est pas le cas. Donald suscite une
tendresse spontanée.
Le voilà donc ce maladroit qui ne peut enfoncer un clou sans se taper sur les doigts (assez proche d'Homer SIMPSON finalement...), ce fanfaron se proclamant capable de se jeter sur un
ours brun pour sauver Daisy mais qui crie "Sauve qui peut !" à la vue d'un lézard... C'est encore lui qui broie du noir dans un coin parce que la frivole est allée au bal avec Gontran.
Contre qui va-t-il partir en guerre ? La circulation, la mauvaise herbe qui pousse trop vite, la difficulté de trouver du travail et d'être contraint de travailler !
Voilà Donald et nous voilà tels qu'en lui nous nous retrouvons. Avec notre appétit de vie, nos enthousiasmes et ce feu perpétuel qui entretient la vie de tous les jours. De tous les personnages
de Walt DISNEY : bien souvent, c'est de nous-mêmes que nous rions.
Mais le grand talent de Disney a su créer un monde où le réel et l'imaginaire se côtoient, où les petites causes produisent d'énormes effets.
Nous reconnaître en Donald, ne nous ferait pas toujours plaisir si le personnage et les situations dans lesquelles il évolue n'étaient marquées du sceau d'un comique souvent outrancier.
Tout ce que l'on peu souhaiter est qu'il nous serve longtemps de rayon de Soleil !
UDERZO PARLE DE DONALD (1975) : "Ce canard est l'homme des gags"
Les familles célèbres donnent les héros de sagas dont on n'a jamais fini d'écrire les chapitres. A peine a-t-on soufflé
les dernières bougies du cinquantenaire de Mickey que déjà il nous faut parler de ses innombrables cousins. Le 1er est le volcanique et irascible canard ; l'oncle Donald tourmenté et bichonné
tout à la fois par sa ribambelle de neveux.
Mickey a déjà atteint l'âge de raison. Il
devra désormais s'imposer face à un autre personnage. Du grenier, on est passé à la basse-cour et à la mare. Voici donc, bien campé sur ses pattes, le bec agressif, voici Donald.
Son costume a été imaginé selon un raisonnement très logique. "Un canard aime l'eau. L'eau évoque un marin. Notre canard sera donc marin. Et il sera vêtu d'un costume marin." Est-ce
ainsi qu'on plante le décor et qu'on imagine le caractère d'un héros de BD ? Nous sommes allés nous en entretenir avec Uderzo. Un orfèvre en la matière et qui reconnaît volontiers tout ce qu'il
doit à Disney.
"J'ai été marqué par Walt DISNEY. J'en suis toujours imprégné. J'ai conservé la rondeur du trait. Regardez mes personnages, tout particulièrement Astérix ; il est petit, rond, avec de grosses
mains, de gros pieds, une grosse truffe... Est-ce que cela ne vous rappelle pas quelqu'un ?
- Mickey ! Sauriez-vous le définir davantage ?
- Mickey est un grand petit bonhomme. Il a ouvert un énorme chemin à ses successeurs. Dont moi..."
La bibliothèque d'Uderzo recèle des trésors d'avant-guerre : L'Aventure. Hachette publiait des albums que nous feuilletons ensemble avec l'émotion du collectionneur :
la mode était aux savanes et aux casques coloniaux. Elle était aussi tournée vers le Nouveau Monde décrit dans une Silly symphony mise à la portée de tous les publics.
"J'ai tout de suite aimé les bonshommes, aux formes simples ; la tache noire et blanche, bien cernée. La simplicité n'est qu'apparente. Il faut beaucoup de maîtrise pour arriver à la
perfection de la petite souris et du canard de Walt DISNEY.
- René GOSCINNY éprouvait-il pour Disney le même intérêt que vous ?
- Regardez ce que
nous avons fait ensemble et vous aurez la réponse ; Oum Papah, c'est une certaine Amérique. Astérix est un petit bonhomme tout rond. Le gros nez dans le dessin exprime la bonhommie. Mais
précisément, quand nous avons débarqué, René et moi, sur la planète BD, elle était déjà très encombrée. Il nous a donc fallu trouver autre chose. Astérix est né en 1959. Mickey et Donald n'en ont
pas pris une ride ni un coup de vieux.
- Voulez-vous comparer Donald et Mickey ?
- Mickey est un personnage calme, heureux. Ses histoires ont la lenteur et la longueur des albums de famille. Donald est + aigu. Il a une personnalité importante et vit des aventures, intenses,
donc courtes. C'est l'homme des gags.
- L'homme ? Je croyais que c'était un canard.
- C'est un canard déguisé en homme. Voilà le génie de Disney. Ses personnages sont si proches des hommes et des enfants qu'on oublie quels animaux ils sont graphiquement parlant. La preuve est
qu'on voit un chien disneyen tenir un autre chien en laisse. Il n'y a que les poètes fabulistes et les gosses pour comprendre ça.
- Vous êtes sans doute l'un et l'autre.
- C'est vous qui le dites. En tout cas, j'avoue un petit penchant pour Mickey, je recommande vivement les histoires de Donald aux adultes. Ils ont beaucoup à apprendre de ce canard."
1936-1940
1936 est une année particulièrement faste pour Walt DISNEY. Celui-ci connaît une célébrité mondiale. Le grand cinéaste
français René CLAIR déclare que les 2 personnalités les + marquantes du ciné sont Charlie CHAPLIN et Walt DISNEY. Avis partagé par le Tout-Hollywood qui ne se lasse pas de chanter les louanges
des studios Disney et de leurs vedettes : Minnie, les 3 Petits Cochons...
Disney a même reçu une médaille de "bonne volonté internationale" décernée par la très grave Société des Nations (SDN).
Les studios ne cessent de se développer. Ils occupent 150 m² en 1929. Et on estime que + de 250 sociétés fabriquent des personnages sous licence Disney.
Eisenstein a même salué Mickey en déclarant qu'il apporte une "importante contribution à la culture mondiale".
Mickey devient aussi héros de BD. Il a droit à un hebdo qui lui est consacré.
Cette même année apparaît aux studios Disney un nouveau personnage qui va très vite disputer la vedette à Mickey : Donald joue encore un rôle bien modeste. Le canard a été dessiné par Art Babbitt
et Dick HUEMER. Il n'a pas encore de nom mais il porte son costume marin. Walt DISNEY s'en est expliqué à sa fille :
"Nous avons suivi le raisonnement suivant. Un canard aime l'eau. L'eau évoque un marin. Notre canard sera donc marin. Et il sera vêtu d'un costume de marin."
Le futur Donald a déjà un caractère irascible. Il n'est pas du tout sympathique. Il mène une vie lamentable sur une péniche délabrée.
Donald le Canard doit son succès en grande partie à sa voix. Celle-ci lui est donnée par Clarence NASH. Walt DISNEY l'a découvert alors qu'il travaillait dans une laiterie. Il y passait le +
clair de son temps à imiter les cris d'animaux pour amuser les gamins. Ses "coin-coin" rageurs feront bientôt le tour du Monde. Et Clarence NASH sera surnommé "Ducky" par tous
les membres des studios Disney.
Donald rejoint Mickey un peu + tard dans un autre dessin-animé. Mickey dirige un spectacle d'amateurs, le public le hue et le siffle à tue-tête. D'où ses cris de fureur qui font hurler le public.
Mais de rire.
Le personnage est repris par 2 dessinateurs, qui l'imposent définitivement comme vedette de l'écran.
Malchanceux, Donald ne changera guère. Sauf au physique : son bec raccourcit et il s'arrondit.
Il devient un personnage de BD dès 1935. Disney lui a attribué l'un des meilleurs dessinateurs de son équipe : un Italien d'origine que tous ses amis surnomment "Al". Il travaille aux
studios depuis 1931 et a notamment collaboré aux Mickey du dimanche.
En 1937, Donald ne "joue" que dans 2 courts-métrages, mais il apparaît dans 7 autres en 1938 et dans 6 autres encore en 1939. Il devient un des acteurs principaux des BD Disney.
Dans une planche datée du 17 octobre 1937, Donald se voit affublé d'une famille. Ceux-ci font une 1er apparition turbulente mais brève. Ils disparaissent des BD le 21 novembre suivant. Ce n'est
que bien + tard, le 25 février 1940, qu'ils s'installent définitivement chez leur oncle bien-aimé.
Le 15 décembre 1940 est à marquer d'une pierre blanche : Donald voit surgir dans son univers Daisy. Encore de belles colères en perspective pour notre canard râleur !
1941-1942
On ne trouve aucune trace de la guerre qui ravage l'Europe dans les planches datées de 1939 et 1940.
Walt DISNEY s'est lancé dans une aventure qui requiert tous ses soins. Disney et son équipe ont de quoi trembler : Blanche-Neige et les 7 nains (Snow White and the 7
dwarfs) remporte un triomphe et les studios connaissent un début de prospérité.
Walt DISNEY entreprend aussitôt Pinocchio. Le film ne connaît pas tout de suite le succès commercial. Il est vrai qu'il sort en février 1940.
Disney met en chantier 2 autres longs-métrages ainsi qu'une série de courts-métrages. Il quitte ses anciens locaux et fait aménager un terrain gigantesque à Burbank. Son père, qu'il fait venir
exprès pour visiter les nouveaux bâtiments, se montre très inquiet de leur démesure. Il demande à son fils :
"A quoi tout cela peut-il servir ?"
Disney hésite et explique :
"Ce sont mes studios ! Nous travaillons là !"
Le vieil homme n'est pas satisfait pour autant. Il insiste :
"Ce n'est pas ce que je te demande. A quoi cela peut-il servir d'autre ?"
Walt DISNEY comprend enfin. Il improvise :
"Un hôpital !"
Il poursuit toute la visite du studio en improvisant des salles de réanimation...
Son père a quelque raison de se faire du souci : Walt DISNEY est obligé d'ouvrir un emprunt au public en avril 1940. Mais cela ne l'empêche nullement de multiplier les projets.
L'entrée en guerre des USA va les modifier. Les autorités militaires réquisitionnent une partie des studios. Ceux-ci sont occupés par 700 membres d'une unité de DCA qui transforment les locaux en
ateliers de réparations.
Disney s'engage dans la guerre. Il produit une série de courts-métrages destinés à l'instruction militaire. Voici quelques titres : Les Signaux d'aterrissage sur les porte-avions,
Cours élémentaire de lecture des cartes. Tous ces films sont tournés à l'économie. Mais Disney découvre à cette occasion la force pédagogique du dessin-animé et saura s'en souvenir +
tard.
D'autres films témoignent de + d'ambition. Ainsi La Victoire par la maîtrise de l'air (Victory through air power, 1943).
Si Mickey prend du repos pendant toute cette période, Pluto et Donald sont enrôlés et participent à l'effort de guerre. On voit un Commando Donald (Commando Duck, 1944) et un
Victory vehicles (1943) où Dingo donne des conseils pour réaliser des économies d'énergie.
Le + célèbre de tous ses films de propagande reste tout de même Le Visage d'Hitler (Der Fuehrer's face) qui remporte l'Oscar du meilleur Court-métrage en 1943. Donald y
fait un cauchemar : il travaille à la chaîne dans une usine d'armement et il est obligé de saluer sans cesse le portrait d'Hitler. Quand il se réveille, il aperçoit l'ombre d'une petite statue de
la Liberté posée sur le rebord d'une fenêtre. Il saute de son lit, l'embrasse et s'écrie :
"Comme je suis heureux d'être citoyen des USA !"
Apparaît sur l'écran une caricature du dictateur. Une énorme tomate vient s'écraser sur sa figure : le jus du fruit trace le mot "Fin".
Côté BD, c'est le 29 mars 1942 que Donald s'engage dans la bataille. Il montre le bon exemple en participant à l'effort de guerre puis il s'enrôle dans le service auxiliaire.
Notons que le caractère du canard change. Il pêche même une torpille ennemie qu'il suspend dans son salon comme trophée !
Tous les personnages sont légèrement modifiés. Ils s'unissent et font preuve de bonne volonté. Loulou, Riri et Fifi eux-mêmes deviennent presque sages !
1943-1944
Le Monde se divise en 2 camps. Pas question pour l'Amérique d'exporter ses films en Europe qui subit alors le joug nazi.
Il lui faut donc s'ouvrir à de nouveaux marchés. On pense particulièrement à l'Amérique latine. Le département d'Etat propose à Walt DISNEY de se rendre en Argentine, au Chili et au Brésil pour y
faire une sorte de tournée de propagande.
Disney accepte et il part comme ambassadeur extraordinaire des USA. L'équipe remporte un formidable triomphe. Mais elle travaille également. Et Disney s'aperçoit qu'il a rapporté une masse de
documents précieux.
Les studios réalisent 4 courts-métrages d'inspiration sud-américaine. Walt se rend compte qu'il vaut mieux les sortir groupés en un seul film. On y ajoutera un documentaire filmé durant le
voyage. Ce moyen-métrage de 42' sort sous le titre de Saludos amigos. Donald y a la vedette.
Il se trouve au bord du lac Titicaca et se lance à l'assaut de la Cordillère des Andes. Il rencontre un perroquet qui fume le cigare et se nomme José CARIOCA. José CARIOCA inaugure là une belle
carrière de vedette de dessins-animés ! Il est vrai que les 2 comédiens qui prêtent leurs voix à Donald et à Carioca s'en donnent à coeur joie. Le duo Clarence NASH et José OLIVEIRA a fait les
belles heures des studios Disney !
Les 3 caballeros (1945) reprend le même procédé. Donald et Carioca sont accompagnés d'un coq mexicain. Donald danse avec une grande vedette des comédies musicales de l'époque : célèbre
pour ses coiffures extravagantes.
La formule ne satisfait pas totalement Walt DISNEY sur le plan esthétique. Les succès des films "sud-américains" de Donald permettront de financer des entreprises + ambitieuses.
Le studio continue de produire de très nombreuses BD. Les caractères des différents héros se fixent à peu près définitivement : Dingo montre une incurable naïveté ; Donald s'ancre dans la
mauvaise humeur. Il supporte mal les plaisanteries de 2 nouveaux venus, Tic et Tac. Ses neveux prennent de + en + d'importance. Mais Donald n'est plus systématiquement voué à l'échec. Il lui
arrive même de triompher avec ingéniosité et de retourner à son avantage certaines situations difficiles. Ainsi se prépare-t-il à sortir des pages de gags pour devenir le héros d'histoires +
longues.
Seule demeure imperturbable au fil des ans la belle Daisy. Vaniteuse, elle incarne la femme américaine telle que la dépeignent les misogynes les + enragés. La guerre elle-même ne la fait pas
renoncer à sa coquetterie. Cette misogynie est sans doute un ressort comique traditionnel. On peut aussi y voir un signe d'époque, Marilyn MONROE souffrira jusqu'à en mourir de n'avoir pu
échapper pratiquement aux rôles de "ravissante idiote".
1945
La fin de la guerre marque aussi pour Donald le début d'une nouvelle ère. Al TALIAFERRO n'est plus seul désormais à
s'intéresser à son existence. Un autre collaborateur de Walt DISNEY reprend le personnage.
Barks travaille depuis longtemps avec Disney. Il est l'auteur de très nombreux scénarios de dessins-animés. Il connaît bien les ressources du personnage et de son entourage. Disons tout de suite
que 2 ans + tard, Carl BARKS inventera un personnage qui connaîtra très vite une fameuse fortune : l'oncle milliardaire de Donald...
Barks avait des projets de longs-métrages pour Donald. Bien avant donc qu'on ne prépare Les 3 caballeros et Saludos amigos. Parmi ceux-ci : Donald finds pirate's gold
(Donald trouve l'or du pirate). Disney a d'abord cru au projet puis s'en est désintéressé. Barks a donc utilisé son scénario pour une histoire en BD connue depuis sous le titre de
Donald et l'or du pirate.
Le coup d'envoi est donné. Une série d'aventures de Donald sort désormais à un rythme régulier : Donald et les corbeaux... Ses rapports avec ses neveux se modifient. Ceux-ci s'installent
définitivement chez lui et on oublie qu'ils avaient encore une mère lointaine. L'opposition entre oncle et neveux s'atténue. Carl BARKS poursuivra sa collaboration jusqu'en 1965.
Taliaferro livre sa dernière planche hebdomadaire le 14 octobre 1945. La BD de Taliaferro est encore très proche du dessin-animé. Le comique visuel s'apparente à celui des comédies du ciné muet,
Buster KEATON et autres Chaplin.
Il semble cependant que Taliaferro se soit enfermé dans une certaine systématique. Les dernières planches de 1945 sont d'une excellente qualité. On y trouve même quelques-unes des meilleures
histoires de l'auteur. Mais elles ne se renouvellent jamais. Les gags ne sont plus tout à fait actuels. Ils font rire, Taliaferro ne s'est jamais expliqué sur l'interruption de ce Donald
hebdomadaire. Il n'abandonne pas le personnage pour autant. Il produira de très nombreuses aventures de Donald en "comic strips".
Le cadre des histoires de Donald s'élargit en même temps que le décor devient + "Américain moyen". Donald lui-même perd son caractère marginal. On oublie presqu'il porte un costume marin. Ses
fameuses colères font place à une sorte de grogne. Mais + que jamais il gagne de nouveaux publics. Donald peut contempler aujourd'hui avec un rien d'amusement attendri les belles années de ses
débuts.
LA GALAXIE DE DONALD
RIRI, FIFI et LOULOU Dans un dessin-animé
de 1938, notre héros reçoit une lettre datée du 17 octobre 1937. Elle est écrite par une parente éloignée, qui lui annonce qu'elle lui confie ses 3 enfants. Leur père est à l'hôpital et elle ne
peut s'occuper d'eux. On n'entendra plus jamais parler de la maman et du papa et les "neveux" vont rapidement devenir inséparables de leur "oncle". Ils vont lui apporter une aide précieuse en
bien des circonstances ; mais c'est aussi grâce à leurs économies que Donald boucle souvent ses fins de mois.
L'ONCLE PICSOU Il apparaît pour la 1er fois dans une BD inspirée d'une nouvelle de Charles DICKENS. Frileux, grincheux et antipathique, le vieillard milliardaire qui a fait
fortune pendant la ruée vers l'or évoluera très vite vers un personnage dynamique, et n'hésitant pas à dépenser une fortune pour organiser une expédition à la recherche d'un trésor
lointain.
LES RAPETOU Ce sont les ennemis jurés de l'Oncle Picsou. Tout est bon pour tenter de voler son argent. Ils sont également capables de se déguiser en terrassiers ou en plombiers
pour tenter de forcer sa porte blindée. Ils finiraient sans doute par y parvenir si Donald et ses neveux ne volaient pas au secours de leur oncle. Ils ne se découragent jamais !
DAISY Eternelle fiancée de Donald, elle n'hésite pas à sortir avec Gontran, pour mettre Donald à l'épreuve et tester la sincérité de son amour.
MISS TICK Cette sorcière qui vit dans une cabane sur les flancs du Vésuve n'a qu'un seul et unique but : s'emparer du sou fétiche de Picsou, celui qui est à l'origine de sa
fortune. Elle pourra enfin composer la recette qui fera d'elle la + grande magicienne de la Terre. Pour parvenir à ses fins : elle a ainsi déjà tenté de transformer Picsou en chien, ou de faire
disparaître son coffre. Elle n'a jamais gagné la partie. Elle dissimule ainsi dans son sac une arme secrète...
GONTRAN BONHEUR C'est le canard le + chanceux du Monde. Il lui suffit de se baisser pour cueillir un trèfle à 4 feuilles ou d'attendre tranquillement que la bonne fortune vienne
à lui. Ce qui plonge Donald dans des colères encore + violentes que d'habitude... C'est la bête noire de Donald et son éternel rival.
Couac vous en dites