Culture et histoire s'y rencontrent pour donner lieu à de grands rassemblements
organisés dans le cadre d’événements tels le Carnaval de Québec et la fête nationale. La population vient se détendre dans ses boisés et ses jardins. Des plaques commémoratives, des monuments et
des pièces d'artillerie rappellent les faits d'armes dont l'endroit a été témoin.
La Maison de la découverte abrite une superbe maquette des plaines. L’expo multimédia Odyssée : Cap sur l’histoire des plaines d’Abraham raconte l’histoire du Canada sur les lieux
mêmes qui ont vu naître le pays. Un voyage virtuel de 400 ans qui propose une rencontre avec les grands personnages qui ont façonné l’histoire tout en faisant bien sûr revivre l’historique
bataille des plaines d’Abraham.
Un lieu chargé d'histoires
Histoire d'un toponyme
Le nom "plaines d’Abraham" est communément utilisé dans le langage populaire pour désigner le parc des Champs-de-Bataille. Ce site a été au cœur du développement de la ville de Québec depuis sa
fondation par Samuel de Champlain en 1608. D’où vient cette appellation ?
L’hypothèse la + probable fait remonter l’origine du toponyme à Abraham MARTIN. Abraham MARTIN (1589-1664) arrive en Nouvelle-France vers 1620. Il aurait été le 1er pilote du roi au Canada. Le
sieur Adrien du Chesne lui donne en cadeau 20 arpents supplémentaires. Sa propriété allait des abords de la rivière St-Charles jusqu’à la Grande Allée, ses terres sont vendues aux Ursulines.
C’est le prénom du personnage plutôt que son nom de famille qui est passé à l’Histoire. Et cette appellation est très ancienne. Les 1er mentions écrites du toponyme "Abraham" remontent au XVIIIe
siècle. Il renvoie à différentes réalités géographiques. Certains actes notariés l’utilisent pour désigner l’escarpement nord du promontoire de Québec. Cette pente prend le nom de côte d’Abraham.
Le toponyme est aussi utilisé pour nommer un chemin. Sur un plan de 1734 la "rue d’Abraham" mène au "Chemin de La Grande Allez".
Ce sont néanmoins les militaires qui officialisent le toponyme à partir des événements de
1759-1760. Pour désigner les hauteurs du promontoire, le chevalier de Lévis écrit dans son journal : "ils [les Britanniques] firent passer 4 navires au-dessus de la ville. On envoya
des détachements sur les hauteurs d’Abraham. Cette côte d’Abraham règne presque parallèlement au fleuve St-Laurent". Les militaires britanniques ne sont pas en reste.
Le toponyme "Abraham" a référé à plusieurs réalités différentes. La côte d’Abraham ne renvoie plus aujourd’hui qu’à une route menant de la Basse à la Haute-Ville de Québec. Le territoire désigné
comme étant les hauteurs ou les plaines d’Abraham a beaucoup varié. Il comprenait l’ensemble du promontoire de Québec. On trouve d’ailleurs encore en 1808 le toponyme écrit entre le chemin
Ste-Foy et la Grande Allée. Le toponyme se déplace quelque peu vers l’ouest avant de glisser progressivement vers la partie au sud de la Grande Allée dans les années 1840. Le
territoire auquel le toponyme "plaines d’Abraham" renvoie se rétrécit considérablement. Au début du XXe siècle par exemple, il ne comprend plus que le terrain situé entre l’actuel Musée national
des beaux-arts du Québec et le domaine Mérici. Ce n’est que suite aux phases successives d’aménagement du parc des Champs-de-Bataille que le toponyme "plaines d’Abraham" en viendra à désigner
l’ensemble du parc qui fait aujourd’hui la fierté de Québec.
Labo du Nouveau Monde
Jacques CARTIER s’intéresse aux ressources qu’offre le monde qu’il découvre. Il recherche bien sûr des métaux ou des pierres précieuses. Certains le considèrent comme le 1er naturaliste de
Nouvelle-France. Louis HEBERT s’intéresse également à la flore du Canada. Il procède à quelques expériences sur ses terres et affine ainsi ses connaissances des herbes et des plantes dans le but
de préparer des remèdes efficaces contre diverses maladies. Son expertise en ce domaine amène d’ailleurs Champlain à lui confier la responsabilité de l’acclimatation de pommiers transplantés de
Normandie. C’est aussi probablement lui qui fournit des plantes canadiennes à Jacques CORNUTI, qui publie en 1635 un ouvrage intitulé Canadensium Plantarum, Aliarumque nondum Editarum.
Il s’agit du 1er livre de plantes du Canada dans lequel près de 80 espèces ou variétés de plantes y sont décrites.
L’actuel site des plaines d’Abraham a constitué un terreau propice aux expériences des naturalistes. Il a été parcouru par les + grands savants en lien avec les instituts européens, 3 ont
particulièrement marqué l’histoire des Plaines.
Chirurgien, Michel SARRAZIN séjourne une 1er foisen Nouvelle-France de 1685 à 1694 à titre de chirurgien de la Marine. Il s’établit définitivement dans la colonie en 1697. Ses terres du fief
St-Jean comprennent alors une partie de l’actuel parc des Champs-de-Bataille. Sarrazin envoie des spécimens de plantes et de bulbes au tout nouveau Muséum d’histoire naturelle de Paris. Il laisse
à sa mort près de 175 ouvrages.
Le poste de
médecin du roi reste vacant jusqu’à ce qu’il soit octroyé à Jean-François GAULTIER en 1742. Ce dernier continu en quelque sorte l’œuvre de son prédécesseur. Il reçoit pour ce faire la collection
de livres laissée par Sarrazin à son décès de même que son manuscrit de 200 pages, rédigé en 1707. Gaultier est en contact constant avec les savants de l’Europe et envoie continuellement des
bulbes et des plants à la mère patrie.
Gaultier connaît vraisemblablement très bien les ressources qu’offrent les Plaines. Il utilise
par exemple l’une de ses sources d’eau minérale qui contient de l’oxyde de fer ou encore l’une de ses variétés de thé des bois. C’est aussi lui qui sert de guide au célèbre et très réputé
botaniste suédois Pehr KALM lors de sa visite en 1749. Les 2 scientifiques parcourent les hauteurs de Québec et trouvent des spécimens de plantes jusqu’alors inconnus. Ces découvertes sont
consignées dans un manuscrit que Kalm prépare. On compte néanmoins dans son journal au moins une quarantaine d’espèces nouvelles que le savant localise probablement sur l’actuel site des
Plaines.
Kalm et Gaultier s’intéressent également à d’autres domaines scientifiques : météorologie et astronomie. Les 2 savants étudient les schistes caractéristiques du fond de terrain des Plaines de
même que la colline rocheuse sur laquelle est construite la ville de Québec. Gaultier procède à des expériences météorologiques en faisant notamment des relevés de température quotidiens. Kalm
mesure les variations entre le nord réel et le nord magnétique et peut ainsi fixer avec précision la localisation de Québec.
Chacun à leurs façons, Louis HEBERT, Jean-François GAULTIER et Pehr KALM ont su explorer et exploiter les hauteurs de Québec et ont su contribuer au développement des sciences. Le parc des
Champs-de-Bataille était déjà reconnu pour l’abondance et la diversité de ses ressources naturelles de même que comme lieu de prédilection pour mener des expériences scientifiques.
Habitation et occupation des plaines d'Abraham
Les plaines d’Abraham ont été depuis la fondation de la ville un espace prisé par ses habitants
et ses dirigeants. Ces terres ont servi de pâturage pour le bétail.
L'Occupation des
plaines sous le régime français (1608-1759)
Les 1er concessions de terres sur le promontoire de Québec remontent au XVIIe siècle. Celui-ci est divisé en 2 par la Grande Allée.
On compte notamment la famille Sevestre. 6 des 8 terres concédées sur le territoire compris aujourd’hui entre les remparts et les tours Martello appartiennent à cette famille de maîtres
imprimeurs-libraires. Quittant Paris vraisemblablement pour fuir les persécutions du pouvoir royal hostile à certaines de leurs publications, Thomas et Jacques SEVESTRE s’établissent sur les
Plaines. Charles est le seul à avoir des enfants.
Une dispute s’élève entre les héritiers quant au partage de ses biens, les parties s’entendent pour la laisser intact et la tirer au sort pour savoir à qui elle reviendra. Le hasard favorisa
Catherine SEVESTRE et son mari.
Louis Rouer de Villeray descend d’une famille de petite noblesse italienne. Rouer de Villeray s’affère à agrandir son domaine. Il possède vers 1660 un immense fief aux portes de la ville et sur
le + beau site de Québec. Il nommera d’ailleurs ce domaine "la Cardonnière".
C’est son 2e fils qui hérite en 1701 du domaine. Celui-ci le démembrera entre 1720 et 1740,
puis par la suite peut-être pour en tirer quelques revenus. Louis Rouer d’Artigny meurt célibataire en 1744. Les terres de la Cardonnière seront par la suite regroupées à nouveau dans les années
1750 par l’herboriste Hubert-Joseph LACROIX.
D’autres occupent également des parcelles de terres sur les Plaines. + tard, on trouve dans un 1er temps les Augustines hospitalières de l’Hôtel-Dieu. Celles-ci acquièrent 4 terres contigües
localisées à l’emplacement actuel du Musée national des beaux-arts et de l’ancienne prison. Elles ne les exploitent pas directement, ces terres sont toujours offertes en location. Leur vocation a
néanmoins changé. Les terrains attirent maintenant les gens de professions libérales qui établissent leurs résidences le long de la Grande Allée.
À l’ouest du domaine des religieuses, ce sont des familles de colons qui occupent au XVIIe siècle des terres d’environ un à un arpent et demi de front, on compte Marie LANGLOIS, Jacques MAHEUST,
Jean NORMAND, Antoine BRASSARD. La plupart se servent de ces terres comme espace pour faire paître le bétail. Rares sont ceux qui y habitent. Les Ursulines regroupent progressivement ces terres.
Elles déclarent posséder 10 arpents de front par 10 de profondeur. Ces terres donneront aux Ursulines une certaine indépendance face aux aléas du marché quant à leur approvisionnement.
Régime britannique
(1759-1860)
Le 18 septembre 1759, Nicolas de Ramezay livre la ville aux Britanniques. Les autorités militaires procèdent à une évaluation du système défensif de la ville. Ils constatent très rapidement
l’importance d’occuper les hauteurs d’Abraham. Le gouverneur Murray fait construire une série de blockhaus pour assurer une présence militaire sur ce lieu stratégique. Il procède de + à
partir de 1763 à l’appropriation des terres sur lesquelles il désire construire une citadelle. Les militaires sont très préoccupés par l’établissement des civils ou des religieux près des
fortifications. Il ne faudrait pas que des bâtiments bloquent les tirs d’artillerie, c’est pourtant ce qui arrive lors du siège de Québec par les Américains en 1775 et 1776 alors que ces derniers
utilisent les habitations du faubourg St-Jean pour s’approcher des remparts.
L’occupation des Plaines passe par la construction d’ouvrages défensifs : batteries... La logique du plan de l’ingénieur Gother MANN en 1791 est de construire 2 redoutes sur les hauteurs
d’Abraham à 1750 m de l’enceinte de la ville de façon à empêcher une armée ennemie de s’approcher trop près. On rêve toujours de construire une citadelle.
Les militaires rencontrent néanmoins 2 problèmes de taille : le gouvernement britannique tarde à accorder les fonds nécessaires à la construction des ouvrages demandés ; ils font face aux
pressions exercées par l’expansion urbaine. Le 1er problème se résorbera durant les 1er années du XIXe siècle. Les militaires terminent les remparts, ils construisent 4 tours Martello sur le
promontoire de Québec.
Ces nouveaux ouvrages ne freinent pas pour autant l’expansion urbaine. La vitalité économique
de Québec attire de nombreux immigrants dont une partie cherche à s’installer sur le promontoire. Les grands propriétaires fonciers que sont les Ursulines et les Augustines désirent lotir leurs
domaines afin de rentabiliser leurs concessions. Le faubourg St-Jean était déjà bien peuplé. On dénombre près de 1000 résidents.
Les militaires se concentrent plutôt sur l’acquisition des terres au sud du promontoire, la construction des tours Martello 1 et 2 a retardé la progression des civils dans ce secteur. L’attrait
pour les hauteurs d’Abraham ne faiblit par pour autant. Il faut aux militaires plusieurs années avant qu’ils ne contrôlent l’ensemble des terres des Plaines. Ils procèdent à des transactions
foncières, quitte à dédommager le propriétaire par la suite.
Les plaines vont servir de terrain de manœuvre et de grand terrain de jeux pour les soldats en garnison. Elles vont aussi attirer de nombreux visiteurs qui désirent fouler le sol de la grande
bataille. La vocation des plaines se transforme donc tout au long du XIXe siècle d’un site stratégique à un lieu de mémoire. Cette nouvelle vocation sera consacrée par la création du parc des
Champs-de-Bataille en 1908.
Les Plaines d'Abraham au coeur du système défensif de Québec
Québec est officiellement reconnu par l’UNESCO comme ville du patrimoine mondial. Les autorités
françaises se préoccupent de la défense du nouvel établissement. Le système défensif de la ville s’améliorera au fil du temps pour faire de Québec au XIXe siècle une réelle cité fortifiée. Or, il
doit pouvoir profiter des avantages naturels que lui offre la topographie du territoire. On pense notamment au promontoire de Québec et à son point le + élevé.
Les Fortifications
françaises
Les 1er ouvrages de fortification sur le promontoire de Québec remontent à la fin du XVIIe siècle. La ville se dote d’une 1er enceinte pour protéger son côté ouest. 3 ans + tard, le gouverneur
Frontenac et l’intendant Champigny autorisent la construction d’une 2e enceinte : "+ régulière." L’ancienne enceinte de bois est remplacée par un mur en maçonnerie et une redoute s’élève
sur les berges de la rivière St-Charles de même qu’une autre sur les hauteurs du cap Diamant.
Les travaux sont néanmoins critiqués par le nouvel ingénieur de la colonie, débarqué en 1694. Ce dernier reproche en effet à Beaucours d’avoir construit sa fortification en deçà des hauteurs du
cap Diamant. L’ingénieur juge la redoute située sur les Hauteurs insuffisante pour empêcher un ennemi d’occuper ce lieu stratégique. Levasseur va donc tenter de corriger les lacunes des ouvrages
de Beaucours en construisant notamment des retranchements sur le sommet du Cap et en débutant des travaux pour une nouvelle enceinte.
En 1716 débarque en Nouvelle-France un nouvel ingénieur du roi. Il s’agit de Gaspard-Joseph
Chaussegros de Léry qui occupera cette fonction jusqu’à sa mort en 1756. Celui-ci dessine au cours de sa carrière plusieurs plans de fortification de Québec. Il propose également de construire
une citadelle sur les hauteurs du cap Diamant. Ce projet restera lettre mort faute des fonds nécessaires et dû également au manque de volonté de la métropole. Sous la gouverne de Maurepas, le
Conseil de la Marine oriente sa stratégie de défense de la colonie non plus uniquement sur la défense de la capitale.
La situation évolue néanmoins à partir de 1745. La forteresse de Louisbourg tombe aux mains des Britanniques. Cet événement provoque un climat de panique à Québec. La population presse le
gouverneur d’améliorer les défenses de la ville. Chaussegros de Léry redessine de nouveaux plans qui intègrent notamment les bastions construits par Levasseur de Néré sur les hauteurs du cap
Diamant. Il revient également avec l’idée de construire une citadelle, la décision d’entreprendre ces travaux se prend à l’insu des autorités métropolitaines qui n’auront d’autres choix que de
finalement les approuver et d’en financer une partie. Le reste sera l’affaire des coloniaux.
En 1759, l’enceinte de Léry n’est toujours pas terminée. Plusieurs facteurs expliquent ces retards : dépassement de coûts... Cette fortification ne sera pas déterminante dans la défense de la
ville en 1759. Au contraire, la ville devient très vulnérable.
Les Fortifications
britanniques
Après leur installation dans la ville, les autorités britanniques procèdent à l’inspection des fortifications. Elles confient la tâche à l’ingénieur Patrick MACKELLAR qui conclue au piètre état
de l’enceinte de Chaussegros de Léry, le gouverneur James MURRAY ordonne en 1760 que l’on termine les remparts et que l’on construise une série de 7 blockhaus sur le promontoire. Le
gouverneur propose également la construction d’une citadelle mais la métropole ne donne pas suite au projet faute des fonds nécessaires.
Les Britanniques comprennent très rapidement l’importance d’occuper les hauteurs d’Abraham. Ils en ont la preuve lorsque les Américains choisissent d’y établir leur camp et des batteries lors de
l’invasion du Canada en 1775-1776. Cette attaque américaine motive néanmoins les autorités coloniales à repenser le système défensif de la ville. Frederick HALDIMAND fait dresser une carte
topographique du cap Diamant. Il hésite cependant entre des ouvrages temporaires et des ouvrages permanents.
Les travaux débutent en 1779 et sont dirigés par l’ingénieur William TWISS. Batteries, retranchements et bastions sont construits sur le promontoire de Québec. Ce qui est néanmoins le +
remarquable des travaux de Twiss demeure la construction d’une citadelle sophistiquée sur les hauteurs du Cap. Celle-ci intègre les ouvrages français et notamment les bastions de la Glacière et
du Cap.
Les travaux de Twiss avancent très lentement. Ceux-ci sont même interrompus en 1783 lors de la signature du traité de Versailles entre l’Angleterre et les USA. Le répit est de très courte durée.
Le contexte politique en Europe et en Amérique ravive les tensions entre Britanniques d’une part et Français et Américains de l’autre. Celles-ci amèneront les autorités coloniales à encore une
fois réévaluer et à repenser le système défensif de la ville.
L’ingénieur en charge de revoir les fortifications de Québec à la fin du XVIIIe siècle est
Gother MANN. Son plan se divise en 4 points : construire un rempart qui ceinture entièrement la haute-ville ; occuper les hauteurs d’Abraham ; protéger l’enceinte de Chaussegros de Léry par des
ouvrages défensifs auxiliaires ; construire une citadelle.
Gother MANN ne recevra pas les fonds nécessaires à ses ambitions. Tout au + pourra-t-il construire quelques poudrières et la porte Prescott de la côte de la Montagne. Ses plans ne tomberont pas
pour autant aux oubliettes. Ce sont eux qui seront utilisés durant les 3 1er décennies du XIXe siècle pour faire de Québec une réelle citée fortifiée.
C’est de nouveau la menace d’une invasion américaine qui relance le projet de fortifier Québec au début des années 1800. Londres doit compter sur le Canada pour lui fournir du bois, la défense de
la colonie s’avère cruciale. Cela prendra + de 25 ans avant de compléter les plans élaborés par Mann. La 1er tâche sera d’élever les remparts entourant la Haute-Ville, le gouverneur Craig donnera
ensuite son accord à la construction d’ouvrages auxiliaires dans le fossé devant la porte St-Louis de même qu’à l’érection de 4 tours Martello. Celles-ci seront terminées 2 ans + tard, la
citadelle est mise en chantier en 1820 pour être achevée en 1831. Il ne restera plus après cette date qu’à ajouter des bâtiments auxiliaires (prison).
Les plaines d’Abraham ont représenté un lieu stratégique pour la défense de la ville. Dominant en hauteur la ville et le fleuve, les autorités coloniales ont vu en ce site la clé de voûte du
système défensif de Québec. Des contraintes de coûts et de main-d’œuvre ont freiné leurs ambitions.
L’occupation des hauteurs d’Abraham fut + importante sous le régime britannique : citadelle temporaire, citadelle permanente. Des fouilles ont été entreprises à l’été 2006 et se sont poursuivies
en 2007 dans le but de mettre au jour les vestiges de l’un des 7 blockhaus. On peut également observer encore aujourd’hui sur les Plaines le tracé du rempart de la citadelle
temporaire. La citadelle délimite l’extrémité est des Plaines et est aussi un lieu d’interprétation historique en + de toujours constituer une base militaire opérée par l’armée canadienne.
Les Tours
Martello
Les tours Martello constituent des ouvrages permanents de fortification construits en pierres. Elles sont devenues très populaires en 1794 auprès des Britanniques après qu’une de ces
constructions ait tenu en échec pendant 2 jours 2 vaisseaux de la Royal Navy. Ces derniers décidèrent d’en construire le long des côtes anglaises pour défendre l’île contre la menace
française. On en comptait 73.
Ce type d’ouvrages a aussi été utilisé en Amérique du Nord pour défendre les colonies. 17 tours
Martello ont été construites au Canada au XIXe siècle : Québec, St-Jean. C’est face à la menace américaine que le gouverneur Craig autorise la construction de 4 tours de ce type sur le
promontoire de Québec, elles n’ont toutefois pas été mises à l’épreuve puisque Québec n’a jamais été attaquée durant ce conflit.
Les tours Martello sont peu coûteuses à construire et faciles à défendre. Elles sont disposées à peu près parallèlement à l’enceinte sur toute la largeur du promontoire et se protègent
mutuellement. La structure de la tour est particulière. Le mur ouest est très épais alors que le mur est peut facilement être détruit par les canons de la ville au cas où la tour serait prise par
l’ennemi. Ces garnisons devaient prévoir leur subsistance pour une période d’environ un mois.
Entrée de la tour
L’unique accès à la tour est situé à l’étage et est orienté vers l’est. L’échelle rendait la tour inaccessible à l’ennemi. Il pouvait y avoir un crochet ou un palan au-dessus de la porte
extérieure pour entrer et sortir les objets lourds.
La Caserne
Les planchers étaient faits de bois qu’on laissait au naturel ou qu’on peignait en gris. La caserne constituait la pièce principale de la tour. Les soldats y dormaient, ceux-ci déposaient leurs
fusils sur un support en bois aménagé autour de la colonne centrale. Des lampes à huile éclairaient les lieux.
La tour ne possédait pas de latrines ni de salle d’ablutions. Les soldats utilisaient des pots de chambre dont la vidange quotidienne constituait une corvée.
La tour était aussi dotée d’un foyer qui servait à chauffer. Les accessoires se composaient presque essentiellement d’une grande marmite suspendue à la crémaillère et d’une louche de service. Une
longue table et 2 bancs servaient aux repas et aux jeux. Les soldats devaient fournir leur couvert composé généralement d’une assiette, d’une cuillère et d’un couteau.
Des couchettes en bois à 2 étages étaient aménagées contre le mur ouest. La literie comprenait une paillasse et une couverture de laine grise.
L’accès au RDC se trouvait à mi-chemin entre la colonne centrale et le foyer. Une trappe en bois se refermait sur un escalier abrupt. Un palan était suspendu au gros crochet de fer fixé au
plafond pour hisser les objets lourds de l’extérieur vers l’intérieur de la tour et pour les descendre à l’étage inférieur qui servait notamment d’entrepôt.
L’étage de la caserne disposait également d’embrasures à canon.
La Voûte et les murs
La forme voûtée du plafond ajoute à la solidité de la structure : on construisait d’abord une armature en bois sur laquelle on déposait les pierres (calcaire ou brique selon le cas) et
mortier. Ce dernier était composé de chaux, on enlevait l’armature en bois.
Les murs de la tour possèdent également des caractéristiques propres à ce type de construction. Le mur ouest est très épais et donc très résistant. Le mur est est beaucoup + mince. Cette
faiblesse offrait la possibilité de détruire la tour à partir de l’enceinte en cas de capture par l’ennemi.
L'Accès à la plate-forme
L’axe autour duquel monte l’escalier protège le défenseur par son renflement alors que ce même renflement aurait obligé l’ennemi à se découvrir pour tirer. On remarque également les 2
meurtrières. Celles-ci n’offrent qu’une petite ouverture de l’extérieur.
Plate-forme
Au moins 1,8 m (les dimensions sont réduites dans le cas des tours 1 et 4) de brique sépare l’étage principal du toit qui supporte la plate-forme.
Le RDC
Le mur ouest à cet étage est à son + épais, le plancher était à l’origine en bois. Les soldats y circulaient avec prudence et portaient des chaussures à semelles cousues ou à chevilles de bois
afin d’éviter la formation d’étincelles.
On trouvait au RDC le magasin. Cette grande pièce servait à l’entreposage des vivres. La garnison était en poste pour une Lune et devait prévoir tout ce dont elle avait besoin jusqu’à sa relève.
Des barils contenaient du bœuf ou du porc salé, de la farine...
On remarque au RDC des ouvertures dans les murs. Ces trous d’aération assuraient la circulation de l’air dans la tour. La faiblesse produite par ces ouvertures était compensée par des arcs qui
répartissent le poids sur toute la structure.
Le tambour et la poudrière se trouvent aussi à cet étage. Le 1er est une pièce où l’on préparait les charges de poudre pour différents besoins (cartouches). Les soldats s’assuraient que les
portes étaient très bien fermées pour éviter toute fuite et ainsi réduire les risques d’explosion. La poudrière servait quant à elle à conserver la poudre. Elle pouvait contenir jusqu’à 150
barils de 75 livres chacun. Les trous d’aération permettaient de la garder au sec. La forme voûtée du plafond protégeait la poudrière d’un effondrement éventuel de l’étage supérieur.
5 réservoirs d’eau ont été creusés dans le sous-sol de la tour. L’eau de pluie était acheminée par des conduits pratiqués dans la structure de pierre jusqu’aux réservoirs. Cette eau ne devait
servir qu’en cas de siège. Des puits se trouvaient à proximité.
La Citadelle
temporaire
La citadelle temporaire est un ouvrage défensif construit sur les plaines d’Abraham, les travaux englobent notamment les bastions du Cap et de la Glacière érigés sous le régime français de même
que le blockhaus de Murray construit une vingtaine d’années + tôt en bordure de la falaise. Les travaux sont interrompus en 1783 suite à la signature du traité de Versailles qui mettait
fin aux hostilités entre les Britanniques et les Américains. La citadelle restera inachevée. Faite de bois et de terre, elle sera détruite lors de la construction de la citadelle actuelle en
1820.
Un parc dans la ville
Un lieu en marge de la ville
Aujourd’hui lieu de rassemblement et de commémoration, les plaines d’Abraham possèdent un côté
+ sombre à leur histoire. Plusieurs y ont trouvé la mort, mais d’autres de façon beaucoup + infâme. Les Plaines ont en effet été le lieu d’exécution de plusieurs condamnés. Ce site en marge de la
ville s’avérait être un lieu de prédilection pour mener des activités immorales, comme la prostitution.
Exécutions
Une des exécutions les + célèbres est certainement celle de Marie-Josephte CORRIVEAU, reconnue coupable du meurtre de son mari. Elle est pendue sur les Buttes-à-Nepveu le 18 avril 1763. Ses
restes sont exposés pendant une quarantaine de jours dans une cage à la Pointe Lévy où les passants venant de la Côte-du-Sud peuvent les apercevoir. Cette histoire a inspiré de nombreuses
légendes depuis + de 2 siècles.
La foule est nombreuse à assister à l’exécution de David MAC LANE. La potence est érigée "sur les Glacis". Mac Lane est condamné à : "être pendu par le col. Vous devez être ouvert en
vie ; alors que votre tête sera séparée de votre corps ; et votre tête ainsi que vos membres seront à la disposition du Roi". Il semble qu’on lui ait coupé la tête avant de lui arracher les
entrailles. D’autres sont encore + chanceux et sont graciés au pied de la potence.
L’échafaud est dressé dans la cour et le spectacle est réservé à un petit nombre de témoins : étudiants en médecine... La foule doit se masser autour de la prison pour tenter d’apercevoir la
scène. Un pavillon noir est hissé à un mât lorsque la sentence est exécutée.
La scène est similaire pour les exécutions suivantes. On a placardé la potence sur 2 côtés pour empêcher les curieux rassemblés aux alentours d’apercevoir le pendu. Ceux qui assistent à la
pendaison de David DUBE condamné pour meurtre sont atterrés de voir que celui-ci est apparemment mal pendu et qu’il agonise pendant 11'. La dernière exécution à la prison de Québec a lieu le 9
juillet 1937.
Prostitution et
vagabondage
Les Plaines ne servent pas que de lieu de détente pour les gens de la haute société. Des marginaux de toutes sortes se réfugient parfois en grand nombre sur ces terrains vagues. On évalue à 500
ou 600 le nombre de prostituées en ville. On se plaint au gouverneur général que des ivrognes et des "femmes de mauvaise vie" s’y adonnent à la débauche "la + effrénée". On
trouve plusieurs bordels aux abords des plaines d’Abraham, l’hôtel Wolfe est réputé être une maison de prostitution. Dans le seul quartier St-Jean-Baptiste, on en trouve une quinzaine. Les
matelots y affluent.
Les maladies vénériennes sont responsables d’un tiers des décès de l’armée anglaise au milieu du XIXe siècle. Les prostituées sont + proactives dans leur sollicitation.
Les plaines d’Abraham sont aussi le RDV des malfrats de Québec. Les Ursulines se plaignent des délinquants qui causent des dommages à leur propriété. Les résidants protestent à quelques reprises
contre des activités répréhensibles qui ont lieu sur les Plaines. On considère que : "Les plaines d’Abraham et les bois environnants sont le RDV ordinaire d’une classe [industrielle]
; […] quand les prisons se vident, ce troupeau infecté se répand dans les champs et se grossit chaque jour d’habitués de prisons, d’aventuriers."
Une bande de brigands sévit dans la ville de Québec. Elle se spécialise dans les vols de toutes sortes, la bande y trouve un lieu de recrutement privilégié. Charles CHAMBERS est finalement
déporté en Australie.
Ces débordements se poursuivent encore au XXe siècle, l’ordre est maintenu sur les Plaines par la police municipale et par la Commission des champs de batailles nationaux. La Commission engage 4
constables spéciaux. La plupart des méfaits sont en rapport avec la sécurité routière. Quelques années + tard, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) dépêche 5 à 6 policiers pour
maintenir l’ordre sur les Plaines. Des efforts considérables ont été consentis pour faire des Plaines l’un des parcs les + sécuritaires du pays.
Création et aménagement du parc des Champs-de-Bataille
Le parc des Champs-de-Bataille fête son 100e anniversaire en 2008. Le parc visait à l’origine à
offrir à ses résidents et à ses visiteurs un espace vert en plein cœur de la ville.
Un espace à
protéger
Québec constitue également un pôle économique très important au XIXe siècle. Les tarifs préférentiels sur les importations provenant des colonies nord-américaines, de même que le blocus
continental imposé par la France en 1806 ont accentué les rapports commerciaux entre la métropole et le Canada. De nombreux immigrants s’installent dans la capitale. La population croît très
rapidement, cela se traduit par une volonté d’occuper. On pense notamment aux plaines d’Abraham.
La ville est de + en + marquée par une stratification sociale. D’autant + que ce qui avait été depuis longtemps un frein au développement urbain va bientôt disparaître.
Le départ des troupes britanniques de Québec en 1871 marque en quelque sorte la fin de l’emprise foncière de l’Armée sur des espaces convoités. Les autorités militaires s’étaient efforcées pour
des raisons stratégiques de conserver le contrôle des terrains près des fortifications et ainsi freiner le développement urbain près de ses ouvrages défensifs. L’Armée contrôlait les Cove
Fields de même qu’elle louait aux Ursulines les plaines d’Abraham.
Le relâchement de la fonction défensive de Québec attise donc la convoitise. Certains promoteurs projettent déjà en 1876 de lotir tout le terrain qui s’étire au pied de la citadelle. L’attrait
pour le secteur de la Grande Allée s’accentue également avec la construction du Parlement entre 1877 et 1886. Des voix s’élèvent pour réclamer la conservation de ce site. Et l’une des idées
proposées est de créer un parc public.
Québec désire se doter d’un parc public qui jouerait en quelque sorte le rôle de poumon de la ville. Les parcs urbains sont très en vogue au XIXe siècle et Québec n’échappe pas à ce mouvement
destiné à mettre la nature à portée des citadins. Les terrains encore libres aux portes de la ville possèdent également une valeur historique importante. Ils constituent des lieux de mémoire à
sauvegarder.
Des citoyens se mobilisent et font des représentations auprès des autorités. La Literary and Historical Society of Quebec lance également une campagne de sauvegarde. Ces pressions
portent fruits le 20 septembre 1901 lorsqu’après de longues négociations le gouvernement fédéral consent à acheter les plaines d’Abraham des Ursulines pour une somme de 80 000 $ pour ensuite le
léguer le même jour à la ville de Québec par bail emphytéotique. Les Ursulines reçoivent la propriété de Marchmount et exigent que le terrain soit transformé en parc public. Il ne reste plus
maintenant qu’à le créer. Et si les travaux et les aménagements sont plutôt modestes durant les 1er années un événement viendra tout changer.
Les Fêtes du
tricentenaire de Québec et la création du parc des Champs-de-Bataille
Certains notables de la ville de Québec désirent célébrer cet anniversaire de façon grandiose. L’un des 1er à s’y intéresser est sans doute l’avocat et greffier de la ville Honoré Julien
Jean-Baptiste CHOUINARD. Celui-ci rédige un article dans le n° souvenir de Noël du Quebec Daily Telegraph dans lequel il expose les raisons pour lesquelles tous les Canadiens doivent se
sentir interpellés par cet événement. Il fait également quelques suggestions pour les fêtes : aménager des terrasses, restaurer les fortifications, créer des parcs...
Son projet n’aura d’échos que 15 mois + tard. Chouinard réussi en effet à capter l’attention de la Société St-Jean-Baptiste (SSJB) dont il est un membre très actif. Il plaide l’urgence d’agir.
L’initiative d’organiser des fêtes commémoratives en l’honneur du 300e anniversaire de Québec incombe naturellement à l’organisme qui représente la nation canadienne. Or, elle ne dispose pas des
ressources nécessaires à l’organisation d’un tel événement.
La SSJB lance donc la balle dans le camp de l’administration municipale de Québec. George GARNEAU met rapidement sur pied un comité du tricentenaire.
Les autorités municipales voient dans les fêtes du tricentenaire un excellent prétexte pour améliorer les infrastructures de la ville et pour stimuler son économie. Elles appuieront donc sans
réserve le plan de Chouinard et se mettront sans tarder au travail. 6 comités seront chargés de préciser certains aspects du projet. L’un d’eux aura comme mandat de prodiguer des conseils sur
l’objet et la nature des célébrations. C’est-à-dire le juge François LANGELIER, ainsi que le colonel William WOOD. Les commissaires exhortent les autorités municipales à intervenir pour embellir
la ville de même que pour conserver et mettre en valeur ses attraits historiques. Ils recommandent notamment de créer un parc qui s’étendrait des murs de la citadelle jusqu’à la propriété des
Ursulines et qui rejoindrait le monument des Braves sur le chemin Ste-Foy. Ils proposent également de construire une promenade qui relierait ce monument à la ville de Québec le long du coteau
Ste-Geneviève.
Garneau et son équipe commencent leur lobbying auprès du Ier ministre libéral et également député de Québec-Est. Celui-ci subit depuis son arrivée au pouvoir les pressions des
impérialistes anglophones d’une part et des nationalistes anti-impérialistes du Québec de l’autre. Il devait conséquemment être prudent et soigner les apparences sachant que plusieurs
impérialistes jugeaient que sa province avait déjà reçu beaucoup de l’État fédéral. C’est donc dans ce contexte de tension entre impérialistes et nationalistes que Garneau devra manœuvrer. Et il
le comprend très bien. La 1er délégation venue rencontrer le Ier ministre en juin 1906 est biculturelle et biconfessionnelle.
Un autre acteur important contribue également à promouvoir l’importance des fêtes du tricentenaire : lord Grey. Il veut honorer la mémoire des combattants britanniques et français de 1759 et
1760. Son projet ressemble en certains points aux recommandations de la Commission d’histoire et d’archéologie. Grey va toutefois + loin : une statue colossale qui dépasserait de 30 cm la Statue
de la Liberté. Il projette également que les édifices qui nuisent à la création du parc (prison) soient détruits. Il tente d’amasser les fonds nécessaire au financement de ce rêve. Son objectif
est d’amasser près de 2 000 000 $.
Les négociations entre la ville de Québec et le gouvernement fédéral aboutissent finalement en avril 1907 lorsque Laurier s’engage à ce que son gouvernement contribue aux fêtes du tricentenaire
par un montant de 300 000 $ à condition que celles-ci soient placées sous l’autorité d’une commission fédérale et que la province de Québec consente également à financer les célébrations de façon
importante. Cette implication du gouvernement du Québec se chiffrera à 100 000 $, en définitive. Il en sera de même des sommes offertes par les autres provinces.
Les dés semblent être jetés pour les célébrations du tricentenaire. Or, les dispositions législatives nécessaires pour officialiser le tout devront attendre au début de l’année 1908. Le Ier
ministre du Canada suggère que les fêtes se déroulent en 1909 en même temps que l’inauguration prévue du pont de Québec. Le maire et son conseil exécutif acceptent cette proposition.
Un événement vient toutefois chambarder les plans. Le pont de Québec s’effondre. C’est la consternation. La tragédie démoralise également profondément Laurier qui envisage de reporter les fêtes
du tricentenaire. Les festivités et l’inauguration du pont étaient si intimement liées qu’à son avis l’un ne pouvait aller sans l’autre. Cette volte-face heurte de plein fouet Garneau qui réagit
en rappelant au Ier ministre le coût politique qu’il risquerait d’encaisser s’il annulait l’événement. Grey met aussi de la pression. Il tente de convaincre Laurier d’annoncer publiquement la
campagne de financement qu’il s’apprête à entreprendre à travers tout l’empire britannique. Il plaide également pour que les festivités reviennent à l’idée d’origine, soit en 1908.
Face aux pressions de Garneau et de Grey, Laurier cède. Il respectera ses engagements financiers et acceptera de déposer en chambre un projet de loi visant à créer la commission qui prendra en
charge l’organisation des fêtes du tricentenaire.
C’est finalement le 3 mars 1908 qu’est déposée la loi créant la Commission des champs de bataille nationaux. Celle-ci sera sanctionnée le 17 du même mois. La composition de la commission reflète
la volonté de Laurier de se protéger politiquement. Il nomme d’abord George GARNEAU comme président. Le Ier ministre choisit ensuite les commissaires de façon stratégique : un impérialiste et un
autre financier de l’Ontario. La loi stipule également que les provinces qui donneront de généreuses contributions pourront se faire représenter par un commissaire. Seules les provinces de
Québec et de l’Ontario pourront se prévaloir de ce droit. Le don de cette dernière est d’ailleurs à l’origine du nom de l’une des + belles avenues du parc.
L’objectif est double.
La commission peut compter sur la campagne de financement menée par le gouverneur général pour la création du parc des Champs-de-Bataille. Celui-ci s’efforce toujours de mettre à contribution les
Canadiens comme le reste de l’empire britannique. Il n’obtient cependant qu’un succès mitigé. Lord Grey doit donc renoncer à son Ange de la Paix. Cette somme sera néanmoins très utile et
contribuera favorablement à l’aménagement du parc. La commission doit faire vite. Le lancement officiel doit avoir lieu 4 mois + tard.
Le temps et l’argent ne sont pas les seuls facteurs qui menacent le succès de l’événement. Plusieurs nationalistes mènent une campagne contre des fêtes qui s’annoncent comme la commémoration de
la conquête britannique plutôt que celle de la fondation de la ville. Le parc qui allait être créé visait à commémorer la victoire de Wolfe + que l’œuvre de Champlain. Ce discours nationaliste a
un impact important au sein de la population canadienne-française qui hésite à adhérer au projet. L’Église de même que certaines personnes bien en vue comme Thomas CHAPAIS devront intervenir pour
tempérer le discours radical de certains nationalistes. Il est dans l’intérêt de la ville et de ses habitants que les fêtes du tricentenaire de Québec soient un succès. Champlain en sera la
vedette. Un parc national est un cadeau que Québec ne peut refuser.
Les Canadiens français participent en grand nombre à l’événement qui attire de nombreux visiteurs. Ils assistent aux spectacles de même qu’ils contribuent à leur façon en se déguisant et en
décorant leurs résidences et leurs commerces. Les festivités sont un succès. Le 1er objectif de la Commission est atteint. Il reste maintenant à créer et à aménager le parc des
Champs-de-bataille.
Acquisition des lieux
et aménagement du parc
L’achat des terrains qui agrandiront l’espace restreint des plaines d’Abraham dans ses limites de 1908 se fera progressivement.
La Commission doit très tôt après sa création élaborer un plan d’aménagement pour le parc. Elle confie en mai 1909 le mandat à l’architecte paysagiste Frederick G. TODD. Celui-ci propose de créer
un parc national en assurant la restauration et la conservation permanente de ce lieu historique tout en mettant en valeur sa beauté et ses splendeurs. L’idée de Todd est d’agir sur la nature
pour en faire ressortir le meilleur et le + beau. L’architecte paysagiste est comme un peintre qui réunit dans un tableau les + beaux éléments pour créer un ensemble agréable à l’œil. Todd est en
quelque sorte à la recherche de l’idéal. Comment marier harmonieusement l’espace et le temps ?
Le plan d’aménagement de Todd se divise en 5 grandes zones qu’il traite différemment selon leur nature et leur histoire :
- La 1er couvre près de la moitié de la superficie du parc. Elle s’étend de l’enceinte fortifiée jusqu’à l’actuel édifice du Musée. L’architecte propose d’aménager une avenue le long des
fortifications et des anciens retranchements en terre. Cette avenue mènerait au haut du cap Diamant d’où la vue sur le parc et sur le fleuve est très impressionnante. Il propose également de
mettre en valeur les tours Martello 1 et 2.
-
La 2e zone correspond à l’ancien champ de course devant le Musée. Ce terrain demeurerait plat et pourrait continuer à être utilisé pour servir aux défilés militaires. Todd prévoit d'aménager une
terrasse sur le versant sud de la colline où l’on planifiait d’ériger l’Ange de la Paix souhaité par Lord Grey.
- La 3e zone consiste en une bande de terrain qui relie le promontoire à l’Anse-au-Foulon.
- La 4e zone est l’espace que Todd désire laisser à l’état sauvage où les espèces indigènes pourront pousser librement. "Seuls quelques sentiers y seront aménagés de même que quelques
clôtures pour protéger les promeneurs des endroits trop escarpés et dangereux."
- Todd suggère de relier le parc des Braves aux plaines d’Abraham par une avenue.
Le plan de Todd comprend également de multiples détails : "[Todd] veut retrouver le blockhaus construit par Murray en 1760. Il projette de signaler le puits où l’on a puisé l’eau à
l’intention de Wolfe mourant. Les plans des belvédères et des monuments sont esquissés. Les canons sont disposés pour rappeler la valeur stratégique du site. La falaise sauvage côtoie les
plantations régulières."
L’architecte paysagiste dépose son rapport le 15 novembre 1909. Les commissaires sont séduits et l’adoptent sans tarder avec seulement quelques légères modifications. Une subvention du
gouvernement fédéral de 100 000$ est accordée pour débuter les travaux. Ceux-ci avancent très lentement. La phase d’acquisition des terrains est longue et difficile. Les espaces convoités ne sont
pas libres de bâtiments. On y trouve l’armurerie Ross et son labo, un champ de tir, un observatoire astronomique, un pavillon de patinage situé à l’endroit prévu pour l’entrée est du parc de même
qu’un terrain de golf. Le contexte politique de la Ier et de la IIe Guerre mondiale ne facilite pas les choses. Le plan d’aménagement de Todd prendra près de 50 ans à se réaliser.
Celui-ci demeure néanmoins encore aujourd’hui la référence incontournable lors de la réalisation de travaux sur les Plaines.
Quelques événements viennent également modifier le plan original de Todd. On compte notamment la construction du réservoir d’eau souterrain près de la tour Martello 1 de 1931 à 1933 suite à des
négociations avec la ville de Québec. Cette transformation crée un espace plat qui contraste avec les ondulations du reste du parc. Un autre événement placera la Commission dans l’embarras. Une
artiste américaine et son mari offrent en cadeau une statue équestre de Jeanne d’Arc. Comment justifier la présence de l’héroïne française qui a combattu avec tant d’ardeur les Anglais sur un
parc qui se veut au contraire un symbole du rapprochement entre Canadiens français et Canadiens anglais ? Le Ier ministre intérimaire du Québec prend la parole au nom de la commission et justifie
le monument ainsi : "Patriotisme et vaillance ! En d’autres termes, ce monument est la glorification de l’héroïsme, l’héroïsme n’a-t-il pas tracé l’une de ses pages immortelles en ces lieux
historiques ? À quelques pas d’ici, 2 illustres guerriers versaient leur sang pour leurs patries, Wolfe et Montcalm entraient ensemble dans le Panthéon de l’Histoire… Le voilà le lien qui relie
les 2 apothéoses."
La commission crée un jardin le long de l’avenue Laurier au milieu duquel trône la statue, mais dont la densité et la variété horticole renvoient aux jardins anglais. Le jardin Jeanne-d’Arc est
inauguré le 1er septembre 1938.
La Commission des champs de bataille nationaux est encore aujourd’hui l’organisme qui administre le parc.
Un site rassembleur
Un lieu de mémoire
Monument Wolfe
(1832)
La + ancienne commémoration sur les Plaines est le monument Wolfe, à l’endroit traditionnellement reconnu comme le lieu où James WOLFE a rendu l’âme au cours de la bataille du 13 septembre 1759.
Le monument est constitué d’une colonne dorique de 11,5 m de hauteur et surmontée d’un casque et d’une épée. Des plaques commémoratives rappellent l’événement et l’histoire de ce lieu de
mémoire.
Le 1er monument à cet endroit aurait été une pierre que des soldats dévoués auraient roulée à l’endroit où Wolfe a trouvé la mort. Le major Samuel HOLLAND marque le lieu par un repère géodésique.
La sobriété de ces 1er commémorations s’explique par la volonté des autorités britanniques de ne pas "honorer trop publiquement la mémoire de Wolfe de peur de heurter une population pour qui
le souvenir de 1759-1760 n'était déjà que trop pénible".
Certains Anglais déplorent que leurs compatriotes ne témoignent pas + de respect envers leur général victorieux. Seule une petite statue exposée au coin des rues St-Jean et du Palais rappelle sa
mémoire. Un obélisque est érigé dans le jardin des Gouverneurs par le gouverneur Lord Dalhousie. Le monument rend hommage aux 2 généraux tombés, dans le but d’améliorer les relations entre
Canadiens et Anglais. Ce geste n’est toutefois pas suffisant pour assouvir le besoin des Anglais de commémorer celui qu’ils considèrent comme un héros de l’Empire.
Lord Matthew Whitworth AYLMER tente de régler le problème en remplaçant le repère détérioré qui marque le lieu du trépas de Wolfe sur les Plaines par un véritable monument : "Here died Wolfe
victorious - September XIII – MDCCLIX". En pleine montée du mouvement nationaliste, le monument acquiert une grande portée symbolique.
Le pouvoir de ce symbole sera d’ailleurs à l’origine de la détérioration prématurée du monument. Il était d’usage à l’époque que les visiteurs apportent un souvenir de la visite du lieu sous la
forme de morceaux de la colonne. La détérioration est telle que le monument doit être remplacé. On lui substitue donc une colonne dorique surmontée d'un casque et d'une épée. Celle-ci est un don
de l’armée britannique en poste à Québec. On conserve la plaque de 1832 et on en installe une 2e. On entoure ce monument d’une clôture de fer hérissée de pointes pour le protéger des visiteurs,
ce monument est remplacé en 1913. La Commission des champs de bataille nationaux commande une reproduction en granit de la colonne. On y ajoute une 3e plaque.
La valeur symbolique du lieu est réaffirmée avec la montée du nationalisme québécois dans le tumulte des années 1960. Le monument Wolfe est érigé à la mémoire de la défaite du peuple
canadien-français et est "le symbole de [son] écrasement au rôle d’éternelle minorité […] comme une insulte à [sa] dignité". Le monument est renversé et
détruit dans un geste d’éclat qui contribue à faire connaître un nouveau groupe extrémiste : le jour de la fête de la Reine, le socle du monument Wolfe est vandalisé avec de la peinture.
La ré-érection du monument Wolfe engage malgré elle la Commission des champs de batailles nationaux dans le débat politique et linguistique. Les plaques commémoratives qui se trouvent sur son
socle étaient rédigées en anglais seulement. Celles-ci sont dérobées quelques mois après la démolition du monument. On y accole de nouvelles plaques bilingues, l’année même où la Commission
royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme dépose son rapport préliminaire. On omet le mot "Victorious" qui suivait "Here Died Wolfe". Cette omission soulève la
controverse dans la communauté anglophone, on accuse le Gouvernement de mollesse.
Les différentes controverses qui ont entouré l’histoire du monument Wolfe témoignent de sa grande portée symbolique. Le monument est à la fois un lieu de réconciliation et d’affrontement où se
sont exprimés les rapports conflictuels ou harmonieux entre les héritiers des 2 armées qui se sont affrontés sur les Plaines.
Le Puits de
Wolfe
À quelques pas du monument Wolfe se trouve le puits dans lequel on aurait puisé de l’eau pour désaltérer le général mourant. Le puits a été remblayé et déblayé quelques fois au XIXe siècle.
Celui-ci est restauré en 1932 par les frères dominicains et est offert à la Commission des champs de bataille nationaux en 1942 qui en assure depuis l'entretien.
Monument des
Braves
Des ouvriers découvrent des ossements que l’on identifie vraisemblablement aux soldats morts le 28 avril 1760 lors de la bataille de Ste-Foy. La SSJB entreprend donc de les transporter dans une
tombe commune, le 5 juin 1854. On prévoit d'ériger un monument à l’emplacement du moulin Dumont. C’est le 18 juillet de la même année qu’est posée la pierre angulaire du monument. Un cortège de
plusieurs milliers de personnes assiste à l’événement. L’équipage du navire de guerre français La Capricieuse participe également à la cérémonie. Cette réconciliation symbolique coïncide
avec la nouvelle alliance entre l’Angleterre et la France au cours de la guerre de Crimée (1853-1856).
Une campagne de souscription est menée par la SSJB de Québec pour la réalisation du monument dessiné par l’architecte Charles BAILLAIRGE et construit par John RITCHIE et Joseph LAROSE.
En 1860, une base de pierre est érigée. C’est au tour du piédestal et de la colonne en fonte. Une représentation de Bellone est un don du prince français Jérôme-Napoléon. Elle mesure 3 m de haut,
et est tournée vers la partie du champ de bataille qu’occupait l’armée française. Sur le cénotaphe servant de base à la statue se trouvent 4 mortiers de bronze. 2 plaques rappellent les 2
généraux dirigeants les armées ennemies. Le monument est officiellement inauguré le 19 octobre 1863.
Le terrain devient propriété du gouvernement du Canada en 1864. Le monument est restauré. On aménage l’entourage du monument. Le monument et le terrain deviennent propriété de la Commission des
champs de bataille nationaux, l’avenue des Braves est aménagée selon les plans de Frederick G. TODD. Le Parc des Braves est construit. Le monument est déplacé de quelques mètres au nord lors de
l’élargissement du chemin Ste-Foy en 1970. Des travaux de réfection et de restauration sont réalisés.
Croix du Sacrifice
(1924)
Des monuments commémorant les soldats tombés au champ d’honneur sont inaugurés dans un grand nombre de villes. Les croix du Sacrifice deviennent une tradition dans tout le Commonwealth à
partir des années 1920. Un comité est formé et il amasse des fonds auprès des citoyens. Le 1er juillet 1924, la croix du Sacrifice est inaugurée à l’entrée principale des plaines d’Abraham. Ce
monument veut alors rendre hommage aux quelque 60 000 Canadiens morts au cours de la Grande guerre. On peut y lire : "To the citizens of Quebec who fell in the great war." La devise
officielle du Québec "Je me souviens", évoque le souvenir des soldats disparus. La croix est taillée dans un monolithe et un glaive de bronze recouvre sa face.
L’inauguration du monument se fait en présence du Royal 22e Régiment. On observe 2' de silence et on fleurit le pied du monument. Une cérémonie est organisée pour souligner l’ajout de l’hommage
aux morts de la IIe Guerre mondiale. On enfouit de la terre française, du côté faisant face à la Grande Allée. Le sacrifice des soldats tombés au cours de la Guerre de Corée (1950-1953) est aussi
commémoré. A l’anniversaire de l’Armistice et au jour du Souvenir, une cérémonie s’y déroule. Les amputés de guerre, les dignitaires et les militaires rendent hommage aux soldats
sacrifiés.
Monument Jeanne d'Arc
(1938)
Cette statue représente Jeanne d’Arc avant la bataille, cette statue serait une des 5 reproductions d’une œuvre originalement commandée par la ville de New York se trouvant à Riverside Park
depuis 1915. D’autres répliques sont présentes à Blois, et à San Francisco.
L’histoire de ce monument sur les Plaines commence par un don fait à la Commission des champs de bataille nationaux. Le dévoilement du monument crée quelques remous. Une statue dédiée à une ste
célèbre pour avoir aidé à libérer la France des Anglais n’aidait en rien la célébration de la bonne entente entre Canadiens français et Canadiens anglais. La dédicace du monument justifie ainsi
la présence de Jeanne la Pucelle sur le parc des Champs-de-Bataille.
Monument Garneau
(1957)
Situé en plein cœur des plaines d'Abraham, le monument Sir-George-Garneau rend hommage au maire de Québec (1906-1910) qui a été un des principaux artisans des fêtes du tricentenaire de Québec de
même que de la création du parc des Champs-de-Bataille. Un buste de bronze à son image commémore également son engagement à titre de président de la Commission des champs de bataille nationaux de
1908 à 1939.
Le buste est dévoilé le 7 septembre 1958 par la Commission des champs de bataille nationaux dans le cadre de son 50e anniversaire de fondation. Le monument est l’œuvre du sculpteur québécois
Raoul HUNTER.
Fontaine du Centenaire
(1967)
La Commission des champs de bataille nationaux érige une fontaine sur le terrain occupé autrefois par l’Observatoire de Québec (1864-1936). La fontaine est inaugurée en octobre 1967. Elle se
compose de 2 bassins et de 7 jets d’eau s’élevant jusqu’à 9 m.
Cadran solaire
(1987)
La Commission des champs de bataille nationaux installe un cadran solaire.
Le cadran est un des rares qui indique l’heure avancée de l’Est. L’ombre est créée par un style prismatique d’alu à 2 arêtes. La table de lecture de forme elliptique comporte 1000 points
correspondant à toutes les 10' du 1er et du 15e jour des mois de mai à octobre. On a dû recourir à l’informatique pour créer la table. À chaque mois correspond une ligne de couleur
différente.
Le cadran solaire rappelle une partie de l’histoire des Plaines, par les travaux astronomiques qui y étaient menés.
Les Plaques
commémoratives et les panneaux d'interprétation
La Commission des champs de bataille nationaux a voulu commémorer les lieux majeurs de la bataille et les événements importants qui se sont déroulés sur les Plaines. On discute de la possibilité
de placer une série de plaques sur le parc. Ce n’est toutefois qu’en 1939 qu’on donne vie au projet. Il est alors décidé de commémorer la 1er visite du Roi au Canada et d’autres événements
historiques reliés à la bataille des plaines d’Abraham. 18 plaques commémoratives sont installées sur le territoire géré par la Commission.
À cette volonté de commémorer s’ajoute aujourd’hui celle de raconter, de faire découvrir aux visiteurs certaines facettes des Plaines. Des panneaux d’interprétation se trouvent donc un peu
partout sur le parc et portent sur de différents sujets : observatoire astronomique...
Un lieu naturel
Les plaines d’Abraham constituent depuis très longtemps un site naturel qui a su intéresser et
charmer ses visiteurs. Déjà au XVIIIe siècle, Jean-François GAULTIER et Pehr KALM y observaient la flore sauvage. Les touristes et les résidants de la ville viennent s’y balader et y admirer les
splendeurs de la nature. Et cet intérêt pour les Plaines s’explique notamment par la beauté de son jardin, de ses mosaïcultures.
Le Jardin Jeanne
d'Arc
Le jardin Jeanne d’Arc ne figurait pas dans les plans originaux de Frederick G. TODD. Celui-ci doit plutôt son existence à un cadeau offert par un couple d’Américains. M. Archer Milton HUNTINGTON
et son épouse Anna Hyatt HUNTINGTON donnent à la Commission des champs de bataille nationaux une statue équestre de Jeanne d’Arc sculptée par Mme Hyatt HUNTINGTON elle-même. Il est décidé de
créer un jardin au milieu duquel trônerait la statue.
La conception du plan du jardin est confiée en 1938 à Louis PERRON. Son mandat est de concevoir
un plan qui tienne compte de l’aménagement d’ensemble de Todd. Perron prévoit 4 entrées majestueuses devant donner accès au jardin de même que 2 plans d’eau qui agiraient comme des miroirs dans
lesquels la statue de Jeanne d’Arc se refléterait. Les contraintes financières imposées par l’imminence d’une guerre obligent toutefois l’architecte paysagiste à revoir ses dessins. Les plans
d’eau sont remplacés par des roseraies alors que les entrées sont + modestes.
Le jardin Jeanne d’Arc est le joyau floral des plaines d’Abraham. Il allie le style classique français aux plates-bandes mixtes à l’anglaise. Le jardin se compose aux 2/3 de plantes vivaces.
Mosaïculture
La mosaïculture est une technique qui consiste à créer un dessin ou un lettrage en relief à l’aide de plantes spécifiques (Alternantheras) choisies principalement pour la couleur de leur
feuillage et leur homogénéité de croissance. Cette culture demande beaucoup de préparation.
Cet art est exercé depuis les années 1910. On trouve les mosaïcultures à la base des principaux
monuments. L’équipe du service des espaces verts de la Commission des champs de bataille nationaux travaille également depuis quelques années à développer des techniques et des présentations
originales en variant par exemple les types de plantes utilisées.
Plates-bandes
Les horticulteurs des Plaines mettent également en valeur d’autres endroits sur le parc. Des
plates-bandes mixtes à l’anglaise peuvent être vues le long de la rue Ontario, au cadran solaire et à la Croix du sacrifice. Tous les plants du jardin Jeanne d’Arc et du reste du parc sont
produits dans les serres appartenant à la Commission des champs de bataille nationaux. La + grande a été construite en 1916-1917. Ces serres offrent l’avantage de pouvoir produire une très grande
variété de plantes tout en les rendant disponibles au moment opportun pour la plantation.
Arboriculture
Le parc des Champs-de-Bataille et le parc des Braves comptent près de 6000 arbres inventoriés
et répartis en + de 90 essences. + de 4400 sont numérotés, la Commission des champs de bataille nationaux procède à de nouvelles plantations afin de remplacer les arbres abattus de même que pour
maintenir une population d’âge diversifié. Les essences les + nombreuses sont l’érable argenté, l’orme d’Amérique, le frêne d’Amérique et l’aubépine. On remarque également des essences
intéressantes par leurs caractéristiques et leur exotisme : le Catalpa speciosa, le noisetier de Byzance et le Phellodendron.
Un terrain de sport
Courses de
chevaux
Les courses de chevaux sont parmi les 1er sports à être introduits à Québec par les Britanniques. Soucieuses de développer les races chevalines et de favoriser l’élevage de chevaux, les autorités
sont promptes à supporter cette activité.
Une des 1er courses dont on ait conservé des traces a lieu en 1767 sur les "hauteurs d’Abraham" et est organisée par des militaires de la garnison de Québec. C’est le capitaine Prescott
qui remporte une bourse de 40 piastres. On considère cette course comme la 1er course sportive de chevaux publicisée au Canada.
Le Quebec Turf Club organise quelques épreuves sur les Plaines. Ce n’est que dans les 1er années du XIXe siècle que seront organisées des courses de façon régulière. L’hippodrome est
alors situé à l’extrémité ouest des Plaines, devant le Musée national des beaux-arts du Québec. Ce terrain est un des principaux hippodromes au pays. On vient des USA et de partout au Canada pour
faire courir les meilleurs chevaux. Des milliers de personnes assistent à chaque course où les élans des supporteurs fréquentant les débits de boissons ne manquent pas de créer quelques
débordements.
Quelques milliers de spectateurs assistent à une compétition d’envergure. Les courses ne se comparent en rien à celles que pratiquent les Canadiens. Le gouverneur accorde une bourse de 15 guinées
pour une épreuve réservée aux chevaux du pays. Le Club met en jeu un prix réservé aux Canadiens d’une valeur de 20 piastres.
Le Quebec Turf Club organise au moins une journée de course/an. Dans les années 1830, le Quebec Turf Club s’abstient d’organiser des courses. Les nationalistes canadiens et la
population dénoncent ce sport de gentlemen anglais. Après les Rébellions de 1837-1838 et dans la 2e partie du siècle, les Canadiens français finiront peu à peu par y trouver leur place.
En 1847, le Quebec Turf Club déménage le champ de courses à l’Ancienne-Lorette.
Le sport s’est démocratisé et Québec compte 4 hippodromes, dont des courses attelées. Le Quebec Turf Club perd sa clientèle traditionnelle et cesse ses activités en 1887.
Quelques événements sont venus rappeler ces 1er courses de chevaux sur les Plaines. C’est sur ce champ de course que Buffalo Bill présente son spectacle à grand déploiement. L’hippodrome sert
également pour les fêtes du Tricentenaire en 1908. Enfin, les Plaines accueillent à plusieurs reprises les meilleurs chevaux du pays dans le cadre du Concours hippique de Québec.
Cricket
Ce sport national des Anglais est parmi les 1er sports d’équipe à être introduit au Canada. Les 1er parties sont jouées sur les Plaines. Le sport est surtout pratiqué par les militaires en
garnison. 2 équipes de 11 joueurs s’affrontent sur un grand terrain ovale. Il est difficile pour les membres de la garnison de Québec de former des équipes équilibrées et ils doivent souvent
attendre la visite d’un navire militaire anglais pour se mesurer à son équipage. Le cricket ne semble pas avoir été pratiqué régulièrement. Celui-ci n’a pas connu de popularité au
Canada.
Crosse
La crosse intéresse d’abord les Britanniques qui en normalisent les règles au milieu du XIXe siècle. Plusieurs équipes s’organisent. Les Canadiens français ne sont pas en reste. Ils fondent leur
1er club en 1868 et pratiquent sur un terrain près de la Grande Allée où sera construit le Pavillon des patineurs. La rivalité sportive se double d’une franche rivalité nationale. Les
joueurs se retrouvent autour d’un bon repas au restau Fréchette dans la côte de la Montagne ou à l’Imperial Hotel.
Les joueurs de crosse organisent aussi des concours d’athlétisme (sauts) sur les Plaines. La journée se termine habituellement par un banquet et par la remise des prix aux vainqueurs au Pavillon
des patineurs en présence d’une foule toujours nombreuse.
Les parties de crosse se déroulent surtout sur l’Esplanade, les joueurs se rabattent sur les Plaines. Les organisateurs peuvent difficilement rentabiliser l’événement en demandant un prix
d’admission. Les clubs de crosse anglophones disposent de leur propre terrain sur le chemin St-Louis dès 1878.
Golf
(1874-1915)
On utilise les vaches d’un cultivateur pour couper l’herbe. Une faucheuse mécanique tirée par un cheval effectue ce travail.
Les membres du Quebec Golf Club affrontent les joueurs de Montréal lors d’un tournoi annuel. Ils se rencontrent dans un tournoi réputé pour être le 1er en Amérique du Nord. Le terrain de
golf des Plaines est considéré dans tout le continent pour son intérêt historique.
En 1882, 1892, les membres du club de Québec remportent l’Interprovincial Cup. Le club joue sur les Plaines jusqu’en 1915. Le Quebec Golf Club s’établit à
Courville. En 1934, la mention royale est octroyée au club. On l'appellera désormais le Royal Quebec Golf Club.
Hockey sur
glace
Les 1er témoignages de joutes de hockey organisées à Québec datent de 1878. Aucun bancs ni de sièges pour les spectateurs ne sont prévus lors de la construction du Pavillon des patineurs
en 1877. On y pratique néanmoins ce nouveau sport. La difficulté de trouver des équipes de même calibre oblige les joueurs à lancer des défis aux équipes de Montréal. Cependant, on se plie aux
règles de Montréal. L’équipe de Québec joint les rangs de l’Amateur Hockey Association of Canada et affronte régulièrement les clubs de Montréal, de Darthmouth et de
Halifax.
La rivalité est parfois féroce et les spectateurs se mettent de la partie, à un tel point que le Quebec Hockey Club est suspendu pour quelque temps en 1895. La violence est généralisée
dans les équipes de hockey à la fin du XIXe siècle.
Le Quebec Hockey Club joue dans le nouvel aréna du Quebec Skating Club. Le club devient professionnel en 1908 et devient vite connu sous le nom des Bulldogs.
C’est sur les Plaines que les joueurs de Québec remportent la coupe Stanley à 2 reprises. Le Pavillon des patineurs des Plaines est détruit par les flammes en 1918. Les Bulldogs joignent
la Ligue nationale de hockey en 1917. L’équipe déménage en 1920 et devient les Tigers de Hamilton.
Le hockey est massivement adopté par les Canadiens français dès le début du XXe siècle.
Saut à
ski
Les différentes formes de ski sont introduites au Québec siècle. Les plaines d’Abraham sont vite devenues le choix des 1er amateurs de ski alpin et des professionnels. Le Quebec Ski Club organise des concours de saut
à ski sur les Plaines à partir de cette date. Le club contribue à faire connaître le ski aux habitants de Québec. Il met sur pied une compétition de saut à ski
sur les Cove Fields, remportée par un dénommé Harry SCOTT. Des compétions se tiennent chaque année. Un tremplin est construit. La compétition consiste à sauter le + loin possible
; le Quebec Ski Club entretient un tremplin en bois derrière les édifices de la Ross Rifle Company, les skieurs alpins dévalent les pentes des Plaines. La Société des cours
populaires de ski donne des leçons de ski gratuites sur les Plaines pour les enfants de 8 à 14 ans. Un tremplin-école leur est accessible.
Tennis
La Commission des champs de bataille nationaux prête à l’Association des employés civils un terrain sur l’emplacement de l’ancien Pavillon des patineurs, l’association entretient des courts de
tennis l’été. L’emplacement sert de patinoire l’hiver. Les courts de tennis sont démolis en 1937 lors de la construction de l’entrée du parc.
Ski de
fond
Le ski de fond est popularisé à Québec à la fin du XIXe et au tournant du XXe siècle par des Norvégiens. Les Plaines sont reconnues comme un des meilleurs endroits autour de Québec pour
le ski de randonnée. Le site est près de la ville et offre de magnifiques panoramas.
Les skieurs peuvent pratiquer librement leur sport sur les Plaines. La Commission discute la possibilité de tracer et d’entretenir des pistes de ski de fond sur son territoire. Le
projet se concrétise à l’hiver 1986-1987. Le tracé des sentiers est alors réalisé par Laurent FORTIER et Bill DOBSON, la Commission des champs de bataille nationaux entretient 5 pistes de
ski de fond classiques et 2 de ski de patin.
Raquettes
La raquette est utilisée par les Canadiens comme un moyen de transport. Les Britanniques la transformeront vite en divertissement et en sport. Les bourgeois anglophones et les militaires postés à
Québec se promènent en raquettes sur les Plaines. Le moyen de transport se transforme en activité sociale. En 1845 est fondé le Quebec Snowshoe Club qui organise des sorties et des
courses en raquettes : "cette activité est tellement populaire que le rédacteur du journal Le Canadien suggère d’en faire un "jeu national canadien"". Ces escapades se
terminent habituellement par un repas dans un bon restau de la ville. Les différents clubs de Québec accueillent d’autres associations de Montréal ou d’Ottawa. Le comité sportif du
Château Frontenac organise également des courses de ski et de raquette. Le trajet passe alors par les Cove fields.
La tradition se poursuit avec les différents clubs de raquette qui existent encore au Canada. La Commission des champs de bataille nationaux entretient un sentier de raquette.
Traîne
sauvage
Le Parc est l’endroit par excellence pour pratiquer un autre sport populaire dès le XIXe siècle : la traîne sauvage se compose de quelques minces planches aux bouts relevés et peut loger
jusqu’à 3 personnes. Les + casse-cou glissent debout. L’élite de Québec se donne RDV sur les Plaines lors des belles journées d’hiver. La proximité des glisseurs favorise les rapprochements, on
construit une glissoire payante sur les glacis de la Citadelle.
Patins à roues
alignées
Un nouveau sport fait fureur dans les années 1990 : la Commission des champs de bataille nationaux interdit de patiner dans les rues qui sillonnent les Plaines.
Néanmoins, la Commission a inauguré une piste multifonctionnelle où sont admis les patineurs. La piste asphaltée de 1,3 km est située à l’intérieure de la piste de jogging.
Le parc des Champs-de-Bataille est toujours un lieu privilégié pour les amateurs de sports de la Capitale. Le parc permet encore aujourd'hui au grand public de pratiquer plusieurs autres sports
tels que la course à pied, le vélo, le soccer...
Le Site des grands événements
Les plaines d’Abraham constituent depuis très longtemps un lieu de rassemblement par excellence. On y organise par exemple des foires agricoles. L’Armée utilise également les Plaines au XIXe
siècle pour procéder à des revues et à des manœuvres militaires. Celles-ci attirent de nombreux curieux. Le site accueille aussi plusieurs cirques qui y présentent leurs spectacles. Le + célèbre
d’entre eux est certainement celui de William Frederic CODY.
Les plaines d’Abraham sont également témoins d’événements importants au cours du XXe siècle. On pense notamment à l’atterrissage du très célèbre Charles LINDBERGH le 24 avril 1928. Le Congrès
eucharistique de 1938 de même que 2 festivals, constituent de + des événements rassembleurs qui ont attiré des foules considérables.
Le site est utilisé pour célébrer et commémorer certains faits historiques marquants. L’une de ces commémorations est même à l’origine de la création du parc des Champs-de-Bataille : la
ville profite également des Plaines pour organiser les festivités du 350e anniversaire. Et les célébrations du 400e ne sont pas en reste. Le site rassembleur par excellence à Québec est au cœur
de la fête.
Les Plaines accueillent aussi chaque année des activités reliées à des festivals et à des fêtes populaires. Le festival international d’été de Québec y présente par exemple de nombreux spectacles
musicaux variés alors que le Carnaval de Québec utilise le parc pour y tenir son concours de sculpture sur neige et pour y installer sa "place de la famille", la balade en traîneaux à
chiens...
Le parc des Champs-de-Bataille est de + le théâtre des festivités reliées aux fêtes nationales.
La 1er est depuis longtemps célébrée en Europe. Le 24 juin est également marqué par des manifs religieuses. Ce n’est toutefois qu’au XIXe siècle que la fête prend son caractère politique. La SSJB
de Montréal est fondée en 1834. Une société similaire est créée en 1842. Le 24 juin devient la fête des Canadiens français. À Québec, on compte la Convention nationale de 1880 qui rassemblait des
représentants de toutes les communautés francophones d’Amérique. Les Plaines étaient au cœur de l’événement.
Le 24 juin devient officiellement la fête nationale du Québec. La St-Jean-Baptiste évolue. À Québec, c’est la Société nationale des Québécois et des Québécoises de la capitale qui est mandatée
pour organiser les célébrations de la St-Jean-Baptiste. Les plaines d’Abraham s’avèrent être le lieu privilégié pour présenter des spectacles de grande envergure et pour organiser des activités
familiales comme le pique-nique de "la Grande Tablée".
Une semaine après la St-Jean-Baptiste, c’est au tour de l’organisme Célébrations Canada de profiter des atouts qu’offrent les plaines d’Abraham pour marquer la Fête du Canada. Le 1er juillet est
fêté sporadiquement durant les 100 1er années du pays. Les fêtes commémorant le centenaire attirent néanmoins l’attention du Monde entier sur la Canada. L’événement agit comme un catalyseur
puisque c’est depuis cette date que l’on célèbre de façon + marquée et surtout + régulière à travers tout le pays la "Fête du Dominion" ou la "Fête du Canada". Les festivités
passent nécessairement par le lieu de rassemblement par excellence.
Le parc des Champs-de-Bataille accueille fréquemment divers organismes qui désirent y tenir leurs activités : levées de fonds... Certains événements reviennent à chaque année alors que d’autres
sont uniques. On compte notamment le 1er Jam des neiges de l'histoire moderne du scoutisme tenu sur les Plaines du 27 décembre 1999 au 5 janvier 2000. À cette occasion, le parc des
Champs-de-Bataille aura été une fois de + un lieu rassembleur au cœur de la ville de Québec.
Couac vous en dites