"Je n'étais pas écolo quand j'ai commencé à voyager de par le Monde. J'ai vu la planète se rétrécir sous
mes yeux, je me bats avec d'autres pour alerter mais surtout mobiliser face à la menace. Le ciné m'apparaît comme le moyen essentiel pour que chacun puisse à son tour s'approprier le constat et
partager mes sentiments. Que chacun puisse voir la Terre et l'Humanité telles qu'elles sont et telles que je les ai vues. Que l'Homme retrouve sa propre échelle dans le temps et l'espace. Ce film
est un cri d'alarme, mais aussi un cri d'espoir, mobilisons le génie humain en donnant enfin du sens au progrès."
LA DEMARCHE DE NICOLAS
HULOT
À vrai dire je n'ai pas toujours vu le Monde tel qu'il est mais plutôt tel que j'avais envie qu'il soit. 30 ans de voyages et d'engagements progressifs forcent le regard et dévoilent une réalité
éloignée de mes illusions. J'ai vu la planète se rétrécir sous mes yeux.
Le temps est venu de faire une pause, de nous regarder tels que nous sommes. De changer notre regard sur le Monde. Que chacun se convainque lui-même que la mutation radicale est inévitable et
souhaitable.
C'est tout l'enjeu du Syndrome du Titanic.
Entretien avec
Jean-Albert LIÈVRE et Nicolas HULOT
Pourquoi avoir appelé le film LE SYNDROME DU TITANIC ?
Nicolas HULOT : LE SYNDROME DU TITANIC reprend le titre de mon livre écrit en 2004. Il évoque bien sûr l'attitude des passagers du célèbre paquebot qui continuaient à danser et à
festoyer sans réaliser la proximité avec l'iceberg fatal. Autrement dit, nous courrons à la catastrophe. C'est la planète Terre. Et nous n'en avons qu'une.
Comment vous êtes-vous répartis les rôles ?
Jean-Albert LIÈVRE : Nicolas a apporté la dimension politique et moi la vision cinématographique. C'est notre 1er long-métrage à tous les 2. Nicolas a cette grande qualité de savoir faire
confiance aux gens qu'il rencontre et il m'a accordé sa pleine confiance. Nous avons beaucoup préparé chacune des grandes étapes (montage...). Puis j'ai dirigé les tournages des 2 équipes parties
filmer durant un an aux 4 coins du Monde. Il y a en tout 2 travellings et un seul fondu enchaîné dans tout le film ! J'ai tenu à garder cette réalité documentaire. Le film est graphique.
J'aime beaucoup la photo, de Kubrick, j'ai d'ailleurs pris énormément de photos pour réfléchir aux cadres. Nous avons également beaucoup travaillé en amont avec Lionel Jan KERGUISTEL et Nedjma
BERDER pour trouver l'identité visuelle du film et conserver cette unité sur tous les tournages.
Nicolas HULOT : Jean-Albert possède un sens artistique que j'admire et une grande
technique. Il a su retranscrire en images mes craintes et mes aspirations. C'est aussi lui qui s'est occupé de l'univers sonore. Le montage a duré + de 11 mois. La trame principale du film a été
rapidement montée. Mais les ajustements des séquences et le calage du commentaire sur les images ont pris du temps.
Vous nous entraînez dans un voyage spatio-temporel qui va des confins de la vie dans l'Univers aux grands temples de la consommation et aux trottoirs des mégapoles... Le film était-il
très écrit à l'avance ? Avez-vous été guidés par les rencontres ?
Nicolas HULOT : Le film est très construit. Il commence par montrer que les hommes sont constitués des mêmes atomes que la Nature pour suggérer l'absurdité de nos rivalités et rappeler que la vie
tient du miracle. Cela paraît simpliste d'avoir à le rappeler au début du XXIe siècle, nous partons explorer la réalité de la condition humaine aujourd'hui. Il faut dire que la quasi-totalité des
images provient de nos tournages. Le reste provient des archives de la NASA ou de l'INA... Nous savions où trouver les séquences et avions même anticipé certains événements significatifs de
notre propos.
Jean-Albert LIÈVRE : Le film est assez fidèle au synopsis initial. Il nous
semblait important de commencer par renouer avec les origines cosmiques de l'Homme. Nous vivons une aventure commune avec la galaxie, mais qui en est conscient ? Le générique du film exprime
cette idée. Il est conçu à partir d'une image réelle de particules élémentaires fournie par le CERN. Notre caméra se promène sur l'image imaginant la trajectoire des atomes en collision
dans la chambre à particules. Cette représentation graphique évoque les 1er instants de l'Univers. La bande-son symbolise le voyage des ondes dans le temps et dans l'espace, nous avons filmé le
high-tech, à Minneapolis les excès de la consommation dans le + grand centre commercial au Monde... Toutes ces séquences étaient prévues, je connais bien le Japon et souhaitais montrer
la jeunesse branchée de Tokyo...
La caméra s'est invitée au ras de l'asphalte, les exilés... Quel message nous transmettent-ils et comment vous êtes-vous faits accepter par ces populations ?
Jean-Albert LIÈVRE : Nous sommes allés à leur rencontre. Pour mieux nous faire accepter
sur les trottoirs de São Paulo, nous avons tourné avec des équipes réduites à un maximum de 3 personnes. On passe son temps à pister des animaux qui vous fuient, c'est l'inverse. Tout
l'enjeu est dès lors de se faire oublier. Le + souvent je composais le cadre. C'est ainsi que nous avons filmé + de 300h de rushes ! La magie des rencontres a fait le reste... J'ai envie
que le film serve à ces personnes et puisse les aider. Nous réfléchissons à ce que nous allons pouvoir faire pour eux.
Nicolas HULOT : C'est montrer que derrière les mots "crises", "urbanisation", il y a des histoires, des gens qui souffrent déjà, des absurdités... Certains visages que nous montrons valent tous
les discours du Monde. Ils "impriment la rétine" et appellent une émotion chez le spectateur qui sera créatrice. Eriger des murs pour colmater la misère des uns et la peur des autres est la
réponse la + futile qui soit. L'humanité doit apprendre à partager. Ce ne sont pas des murs qu'il faut ériger, misère, pauvreté ont toujours existé. Ces paradoxes ont atteint une intensité
inégalée. Le progrès a laissé de côté 2 000 000 000 d'exclus. Nous sommes reliés par la TV et Internet. Ceux qui souffrent voeint que d'autres ont tiré leur épingle du jeu, le rancoeurs peuvent
vite dégénérer en tensions et conflits. La crise écologique vient accroître les inégalités d'accès aux ressources élémentaires et rend la vie encore + difficile pour ceux qui connaissaient déjà
la précarité et qui ne sont en rien responsables de ce qui arrive.
Les commentaires sont écrits et lus par Nicolas HULOT sur le ton du carnet intime
?
Jean-Albert LIÈVRE : Ses textes évoquent les confidences d'un père inquiet pour la planète qu'il lègue à ses enfants... Le ton semble naturel, j'ai enregistré Nicolas à son insu lorsqu'il se
re-lisait et modifiait sur son ordi ses textes.
Nicolas HULOT : Il y a une vingtaine d'années, il y avait une séparation théorique entre l'humanité et l'environnement. On étudiait les écosystèmes, sans trop établir de connexions avec les
activités humaines... Ce dont je suis sûr aujourd'hui, c'est l'avenir de notre humanité.
Morceaux musicaux assez hétéroclites : la bande-son est très travaillée et plutôt optimiste.
Jean-Albert LIÈVRE : Je ne souhaitais pas avoir de musique originale. J'ai donc mélangé des musiques composées par des auteurs anonymes trouvés sur Internet, du jazz... J'ai aussi
rencontré lors d'un repérage à Addis Abeba une superbe chanteuse éthiopienne, qui conclue merveilleusement le film. Le montage son a été minutieusement réalisé par Alexandre HERNANDEZ pour donner
une vraie identité au film. Nous tenions à insérer des sonores de grands témoins historiques comme JFK, Muhammad YUNUS, Al GORE... Les documentalistes ont passé plusieurs semaines à les retrouver
dans les archives à Washington ou à l'INA. Le sujet dont on parle concerne toutes les pensées, politiques, et ce depuis longtemps déjà...
Pour chacun de nous, nous pourrons imaginer un autre monde possible.
Nicolas HULOT : Il va falloir aller puiser dans les utopies et faire en sorte que les utopies d'aujourd'hui deviennent les réalités de demain. Certains ont commencé à s'extraire du flux, mais ils
ne sont pas toujours audibles dans le bruit de fond médiatique. C'est pour cela que nous avons lancé une réflexion intitulée Evolution : Chapitre 2. Il y a des fractions de
solutions en chacun d'entre nous. Nous voulons créer des passerelles, rassembler les propositions. Le monde politique va être contraint de faire des propositions radicales + compatibles avec
les réalités énergétiques et environnementales de la planète. Il faudra faire preuve de volonté et de sens commun. Chacun doit garder à l'esprit qu'il faut choisir entre le superflu et
l'essentiel, et revendiquer la liberté du choix. Je n'ai pas voulu donner l'impression que les solutions passent par des inventions technologiques ; mais les enjeux sont + intimes, c'est à chacun
de s'interroger sur ses responsabilités.
LES 7 MOTS
CLEFS
MUTATION
J'ai toujours pensé que les choses allaient changer. Aujourd'hui nous sommes clairement à la fin d'un monde. Le Monde ne s'étend pas au même rythme que nos besoins. La planète n'est plus en
mesure de répondre à toutes nos sollicitations. Nous sommes arrivés au point de rupture d'un système. Profitons-en pour organiser la mutation, la nature n'attendra pas et le principe de réalité
nous rappellera à l'ordre. Ce que nous réserve le monde de demain va dépendre largement de nous. Or, nous avons les outils nécessaires pour changer de destin. La crise que nous traversons a pris
de court les acteurs politiques et économiques qui tentent de corriger le système au lieu de le transformer. Il ne faut pas nous contenter des solutions d'autrefois, mais saisir ce moment
charnière pour envisager l'inimaginable.
CAPITAL NATUREL
Nous puisons allègrement dans un stock fini. Le charbon puis le pétrole ont décuplé nos capacités de production. Le génie humain nous a fait oublier que notre propre économie repose sur
ce capital naturel, comme les forêts ou les poissons. Pour les métaux, à l'exception de 2 d'entre eux, il est déjà trop tard : le cuivre et le plomb sont d'ores et déjà devenus "si précieux"
qu'ils engendrent une nouvelle forme de criminalité ! La situation est tout aussi alarmante pour les énergies fossiles, il nous faut dès maintenant apprendre à gérer une addition de pénuries
et développer des solutions alternatives. Ce n'est pas moral ou idéologique.
ILLUSION D'ABONDANCE
Je fais partie d'une génération élevée dans l'illusion de l'abondance. On a longtemps pensé que notre impact sur la Terre était insignifiant et celle-ci largement capable de pourvoir à tous nos
besoins. Nous avons réussi l'exploit d'être quasiment devenus une force géologique remettant en cause notre propre survie. Il est temps d'apprendre la réalité de la rareté. Il va falloir réduire
nos consommations. Rappelons-nous le cas d'école de la morue à Terre-Neuve : les scientifiques ont sonné l'alerte en vain. Les politiques n'ont rien fait. Aujourd'hui les stocks de poissons se
sont effondrés et tout un pan de l'économie du Canada avec lui. L'inaction est la pire des décisions.
COMMUNAUTE DE DESTIN
Nous partageons tous la même planète. Nous allons tous être affectés. Les + pauvres en 1er. Il y aura des réactions en chaîne. Les réfugiés climatiques s'affranchiront des frontières et il sera
impossible de dresser partout de nouveaux murs. Les menaces climatiques nous mettront tous sur un pied d'égalité. C'est donc l'intérêt de tous de faire prioritairement face à ces enjeux.
L'Occident doit bien sûr reconnaître sa responsabilité mais le désir mimétique de milliards d'Indiens et de Chinois n'est pas tenable. Les pays émergents ne pourront accéder à un mode de vie
identique au nôtre. Nous devons inventer un autre modèle que l'exploitation intensive. Des inégalités trop criantes ne seront pas tolérées.
CROISSANCE ET DECROISSANCE SELECTIVES
Personne n'ose le dire. Cela va nous amener à faire des choix. Il n'est plus possible d'envoyer des langoustines écossaises se faire décortiquer en Thaïlande pour être ensuite commercialisées en
Europe. Il n'est plus souhaitable que se croisent sur l'océan des cargos chargés de voitures américaines pour le marché asiatique et de voitures japonaises pour le marché américain.
Notre société avance par acquiescement et par renoncement. Il va falloir apprendre à être libre. À nous de voir. Nous pouvons facilement renoncer dès maintenant aux véhicules individuels pouvant
rouler à + de 150 km/h. Et faire en sorte que l'ensemble de la restauration collective s'approvisionne en produits bio ou en labels similaires et privilégie les circuits courts et la production
locale. C'est aux Etats de provoquer ces changements.
BASCULEMENT DE LA FISCALITE
Aujourd'hui : c'est notre travail qui est taxé. D'autant + en période de crise, c'est freiner l'emploi. Il serait bien + judicieux de taxer nos pollutions. Il faut passer d'une fiscalité sur le
travail à une fiscalité environnementale. C'est le sens de la taxe carbone. En pratique, mon fournisseur reversera à l'Etat une certaine somme. Ces montants représenteront pour les ménages une
hausse de l'ordre de 4 c/l d'essence et de 0,5 c/kWh de gaz. Ils viendront alimenter une caisse. Cette caisse sera ensuite redistribuée sous la forme d'une réduction de l'impôt sur le revenu et
d'un chèque vert pour ceux qui n'en payent pas. Les ménages les moins dépensiers en CO² seront avantagés, en + de la réduction d'impôt, il faudra un jour inventer un dispositif propre à
l'électricité. L'idée + générale est de modifier la fiscalité en profondeur. Le chantier est vaste mais réalisable.
CONDITION HUMAINE
Il est dans la nature de l'Homme d'outrepasser les bornes. Il n'y a pas dans l'Histoire d'exemple de civilisation ayant su se transformer pour éviter son déclin. Nous devons tirer des leçons de
l'Histoire et analyser notre incapacité chronique à anticiper. Il nous faut des limites clairement fixées. Nous devons utiliser notre intelligence pour ne pas reproduire à grande échelle les
échecs des civilisations précédentes. C'est ce défi que nous allons relever ensemble. J'ai confiance en nous.
Je suis + que mitigé sur ce film... À vrai dire, Hulot m'a passablement gonflé, comme
souvent, non seulement par sa sempiternelle enflure du "moi je", mais aussi par ce catastrophisme culpabilisateur qui finalement tombe assez à plat ! Evidemment sur le constat, on ne
peut qu'être d'accord... mais franchement, quel prophète ! À l'écouter, il est un attardé du sentiment écologique dans toutes ses composantes (donc l'Homme dans la Nature). Je suis né en 1976 et
dès le primaire, mais + encore en secondaire, nous avons été largement sensibilisés à tout ça et aux conséquences à venir. Je crois surtout que les leçons du commandant Jacques-Yves COUSTEAU
(1910-1997), le Gandhi des mers, étaient des + efficaces et son testament diffusé le jour de sa mort n'était jamais qu'un constat lucide sur la planète, réalisé il y a + de 10 ans ! J'ai toujours
eu le sentiment que l'action de ce grand homme visionnaire avait sombré en même temps que la Calypso (janvier 1996 à Singapour), bien que finalement renflouée et enfin en cours de
rénovation (un espoir de résurrection ?). Ce navire, ancien dragueur de mines de la IIe Guerre mondiale reconverti en ce navire d'exploration océanographique que le Monde entier devait connaître,
est un symbole énorme de machine à vocation martiale devenu emblème universel de paix ! Son commandant, cet homme si fétiche d'apparence, avait réussi à faire déplacer à Rio de Janeiro
pratiquement tous les chefs d'Etat les + éminents pour un sommet sur la planète et ce qui en était sorti fut considérable en de telles conditions. Mais JYC parti, on a le sentiment que les
sommets sur la planète ne sont plus que des grands-messes à bonne conscience plutôt que de réelles avancées, faute d'un homme (ou d'une organisation) écolo hors politique en mesure d'imposer sa
volonté ! Et puis Hulot s'est franchement décrédibilisé lors des élections de 2007, en faisant la girouette et en s'avérant finalement incapable de s'engager à fond ! Il m'avait vraiment déçu au
+ haut point et je l'avais trouvé pitoyable ! Alors que faire de ce film ? Le voir ? Sans le déconseiller, je conseillerai plutôt Une vérité qui dérange... Voir le film de Hulot, c'est voir un film plutôt réussi esthétiquement en revanche, mais peut-être
trop, car me venait souvent à l'esprit le titre de l'ouvrage (et du film qu'il en fit) de Richard BOHRINGER, C'est beau une ville la nuit... ce qui est en fait à l'opposé du message que
Hulot voudrait faire passer... Et puis nombreuses sont les incohérences de son propos et de ses solutions... vraiment l'oeuvre d'un grand naïf ! Très dommage !
Durée : 1h33.
Tout sur le film, sur le site officiel !
Couac vous en dites